Vivre-en-poésie - XXVI - Diaprosophes (Chantier inédit)

Publié le par Nicolas Urvoy


   Introduction


   S'agissant de la suite complémentaire du précédent ouvrage du même titre, je vais m'efforcer d'apporter ci-dessous quelques lumières sur ce que je nomme le diaprosophe*, le relatif à la diaprosophie*.

   Ce qu'il faut comprendre selon moi, c'est que par nécessité, le parlé diaprosophe est essentiellement un parlé symbolique. Les symboles sont ses pièces élémentaires car il s'agit bien évidemment d'un métalangage, d'un univers qui ne trouve quasi intégralement son expressivité que dans un jeu d'outrepassement* du langage écrit. Il ne s'agit absolument pas d'une fantaisie, mais pour tous ses auteurs, d'une clarification. Qui d'ailleurs m'apparaît comme une conséquence inéluctable de ce que le fonctionnement même de notre existence nous impose. Alors bien sûr je pourrais traduire l'un de ces textes, le faire apparaître en termes d'analyse et de synthèse comme accessible à tous, mais je ne pourrais le faire sans lui retirer son essence qui est de posséder de l'humain, une empreinte et une signature humaine, âmesque* j'entends. Comprendre ces textes revient à vivre une spiritualité. C'est d'ailleurs selon moi dès lors que la philosophie fusionne avec la poésie que naît cette dernière.

   Car ce que je ne dis pas, c'est que par âmesque je signifie l'âtre couleurs dans son intégralité, que la seule poésie dans son acception traditionnelle et non spirituelle n'atteint bien évidemment jamais. Non plus que la seule philosophie.


Mars 2018

   Friedrich Nietzsche ~


« J'aime celui qui ne garde pas pour lui une seule goutte d'esprit, mais qui veut être entièrement l'esprit de sa vertu : c'est ainsi qu'en tant qu'esprit, il franchit le pont.
   J'aime celui qui veut faire de sa vertu son penchant et sa fatalité : c'est ainsi qu'il veut encore vivre au nom de sa vertu et qu'il ne veut plus vivre. »

« Le moment est venu pour l'homme de planter le germe de son espoir le plus haut. »

« Je veux apprendre aux hommes le sens de leur existence : qui est le surhumain, la foudre issue du sombre nuage humain. »

« La lumière s'est faite en moi : c'est de compagnons dont j'ai besoin et de compagnons vivants, — non pas de morts et de cadavres que j'emporte où je veux.
   C'est des compagnons vivants qu'il me faut qui me suivent parce qu'ils veulent se suivre eux-mêmes, — pour aller là où je veux. »

Extraits d'Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche

« Ceux qui créent avec lui c'est eux que le créateur cherche, ceux qui inscrivent des valeurs neuves sur des tables neuves.
   Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur, qui puissent moissonner avec lui, car chez lui, tout est prêt pour la récolte. Mais ce sont les cent faucilles qui lui manquent : aussi doit-il arracher les épis à poignées et il s'en irrite.
   Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur, et de ceux qui savent affûter leurs faucilles. On les appellera destructeurs et détracteurs du bien et du mal. Mais ce sont eux les moissonneurs, ce sont eux qui célèbrent les fêtes.
   Des compagnons, voilà ce que cherche Zarathoustra pour créer, moissonner, célébrer les fêtes : qu'a-t-il à faire de troupeaux, de bergers et de cadavres ? »

« C'est au créateur, au moissonneur, à celui qui célèbre des fêtes que je veux me joindre : c'est l'arc-en-ciel que je veux leur montrer et tous les échelons qui mènent au surhumain. »

« L'enfant est innocence et oubli, un recommencement, un jeu, une roue roulant d'elle-même, un premier mouvement, un
« oui » sacré.
   Oui, pour le jeu de la création, mes frères, il est besoin d'un
« oui » sacré : c'est sa volonté que l'esprit veut à présent, c'est son propre monde que veut remporter celui qui est perdu au monde. »

Extraits d'Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche

   Tadjoudine Assoumani ~

 
Comores

« Iles paradisiaques
   Ton énergie, c’est l’espérance
   Ta lumière, c’est la lune
   Ton pain, c’est la terre
   Ton feu, c’est le tam-tam Toirab
   Ta culture, c’est la solidarité
   Comores ! Comores ! Comores !

   Tu es pauvre
   Vraiment pauvre
   Pourtant tu as des poissons
   Des poissons qui grandissent dans mon cœur
   Des poissons qui font rêver tout le monde
   Comores ! Comores ! Comores !

   Mon rêve, c’est de voir grandir
   Tes poissons
   Tes enfants
   Ta matière
   Grandir à côté des requins et des baleines maîtres de la mer
   Comores ! Comores ! Comores ! »

Début du poème Comores, de Tadjoudine Assoumani

« Tu es pauvre !
   Vraiment pauvre !
   Vois-tu ce monde sans pitié ?
   L’infiniment grand était petit
   L’infiniment petit sera grand
   Comores ! Comores ! Comores ! »

Fin du poème Comores, de Tadjoudine Assoumani

   Ernest Hemingway ~

 
2. [Vers blancs]*

   “                                                   ”
               !                       :                           ,                    .
                         ,                     ,                    ,                    .
         ,                            ;                                      !
                                      ,

Poème d’Ernest Hemingway

   Pierre de Ronsard ~

 
« Et vous, bouche de sucre pleine,
   Qui m’engendrez de vostre haleine
   Une odeur qui au fond du cœur descend,
   Et mille parfums y respend ; »

Extrait du poème Ode du baiser de Cassandre,
de Pierre de Ronsard

   Edgar Degas ~

 
Il semble qu’autrefois la nature indolente,
Sûre de la beauté de son repos dormait,
Trop lourde, si toujours la grâce ne venait
L’éveiller de sa voix heureuse et haletante.

Et puis, en lui battant la mesure engageante,
Avec le mouvement de ses mains, qui parlaient,
Et l’entrecroisement de ses pieds qui brûlaient,
La forcer à sauter devant elle, contente.

Partez, sans le secours inutile du beau,
Mignonnes, avec ce populacier museau,
Sautez effrontément, prêtresses de la grâce !

En vous la danse a mis quelque chose d’à part,
Héroïque et lointain. On sait de votre place
Que les reines se font de distance et de fard.

Poème d’Edgar Degas

   James Joyce ~

 
                                             10

                        Bonnet clair et banderoles,
                        Il chante dans le vallon :
                        Entrez dans la farandole,
                        Suivez tous, vous qui aimez !
                           Le rêve aux rêveurs
                           Qui ne veulent pas suivre,
                           Que ni chant ni rire
                           Ne sait ébranler !

                        Avec ses rubans flottants,
                        Il chante plus hardiment ;
                        A son épaule bourdonne
                        Un vol d’abeilles sauvages.
                           A passé le temps
                           De la rêverie,
                           Amant vers l’amante,
                           Amour me voici.

Poème de James Joyce

   Ku Sang ~

 
                                     Improvisation

                        Cette place où tu es assis
                        Est un coussin de fleurs !

                        Cette place où tu es assis
                        Et que, maintenant, tu considères
                        Comme un coussin d’épines
                        Est vraiment un coussin de fleurs.

Poème de Ku Sang

   Saint Éphrem le Syrien ~

 
« Quiconque prend comme livrée
la robe de gloire tissée,
de l’eau et de l’Esprit,
anéantit en son brasier
la ronceraie de ses péchés. »

Extrait de l’Hymne IV, 
des Hymnes baptismales de l’Orient syrien,
de Saint Éphrem le Syrien

   Antonin Artaud ~

 
                                           Silence

Sur les pierres gelées de la place rythmique
Où le silence auguste étale son palais
Insidieusement la lune se complaît
Aux échos abolis d’un orchestre magique.

Comme un ventre agité par l’amour il frémit
L’orchestre inexprimable. Il arrache des anges
A chaque souffle étrange que les ombres dégagent
Et la lumière le traverse et le remplit.

Il n’est pas seul, il a son chien toujours assis
Ce vieillard qui me remémore un vieux silence
Tandis qu’un petit orgue emplit la place immense
D’une lune trempée aux fleuves interdits.

Poème extrait des dits Premiers poèmes, 1913-1923,
d’Antonin Artaud

   Αλλα) ~
 
« Gloire à Dieu, créateur des cieux et de la terre ! »

« Ce que Dieu, dans sa miséricorde, ouvre aux hommes de ses bienfaits, nul ne saurait le renfermer, et nul ne saurait leur envoyer ce que Dieu retient. Il est le puissant, le sage.
Ô hommes ! souvenez-vous des bienfaits dont Dieu vous a comblés ; y a-t-il un créateur autre que Dieu qui vus nourrisse des dons du ciel et de la terre ? Il n’y a point d’autre dieux que lui. Pourquoi donc vous en détournez-vous ?
S’ils te traitent d’imposteur, ô Muhammad ! les apôtres qui t’ont précédé ont été traités de même ; mais toutes choses reviendront à Dieu.
Ô hommes ! les promesses de Dieu sont véritables ; que la vie de ce monde ne vous éblouisse pas ; que la vanité ne vous aveugle pas sur Dieu.
Satan est votre ennemi ; regardez-le comme votre ennemi. Il appelle ses alliés au feu de l’enfer.
Ceux qui ne croient pas éprouveront un supplice terrible.
Ceux qui croient et qui pratiquent les bonnes œuvres obtiendront le pardon et une récompense magnifique.
Celui à qui on a présenté de mauvaises actions sous un beau jour, et qui les croit belles, sera-t-il comme celui à qui le contraire arrive ? Dieu égare celui qu’il veut, et dirige celui qu’il veut. Que ton âme, ô Muhammad ! ne s’abime donc point dans l’affliction de leur sort. Dieu connaît leurs actions. »

Extraits de la Sourate Les Anges, extraits du Coran

« C’est Dieu qui envoie les vents et fait marcher le nuage. Nous le poussons vers une contrée mourante de sécheresse, nous en vivifions la terre après qu’elle est morte. C’est ainsi qu’aura lieu la résurrection.
Si quelqu’un désir la grandeur, la grandeur appartient tout entière à Dieu. Toute bonne parole et toute bonne action montent vers lui, et il les élève. Ceux qui trament de mauvais projets recevront un châtiment terrible. Leurs machinations se réduiront à rien. »

« Ô hommes ! vous êtes des indigents ayant besoin de Dieu, et Dieu est riche et plein de gloire.
S’il le veut, il peut vous faire disparaître et former une création nouvelle.
Ceci n’est point difficile à Dieu. »

« Quiconque sera pur le sera pour son propre avantage ; car tout doit un jour revenir à Dieu.
L’aveugle et celui qui voit ne sont point de même ; pas plus que les ténèbres et la lumière, que la fraîcheur de l’ombre et la chaleur.
Les vivants et les morts ne sont points de même ; Dieu se fera entendre de quiconque il voudra ; et toi, tu ne peux pas te faire entendre dans les tombeaux. Tu n’es chargé que de prêcher.
Nous t’avons envoyé avec une mission vraie, chargé d’annoncer et d’avertir. Il n’y a pas eu une seule nation où il n’y ait point eu d’apôtre. »


Extraits de la Sourate Les Anges, extraits du Coran

« Ne vois-tu pas que Dieu fait descendre l’eau du ciel ? Par elle nous produisons des fruits d’espèces variées. Dans les montagnes il y a des sentiers blancs et rouges, de couleurs variées ; il y a des corbeaux noirs, et, parmi les hommes, les reptiles et les troupeaux, il y en a de couleurs vairées. C’est ainsi que les plus savants d’entre les serviteurs de Dieu le craignent. Il est puissant et indulgent.
Ceux qui récitent le livre de Dieu, qui observent la prière et font l’aumône des biens que nous leur donnons en secret et en public, doivent compter sur un fond qui ne manquera pas.
Dieu soldera leur salaire, et y ajoutera encore de sa grâce ; car il est indulgent et reconnaissant.
Ce que nous t’avons révélé du Coran est la vérité même ; il confirme ce qui a été donné avant sa révélation. Dieu est instruit de ce que font ses serviteurs, et il voit tout.
Nous avons ensuite transporté l’héritage du livre aux élus d’entre nos serviteurs. Parmi eux il y en eut qui ont agi iniquement envers eux-mêmes ; d’autres flottaient entre les deux ; tel autre d’entre eux a devancé, dans les bonnes œuvres, tous les autres, avec la permission de Dieu. C’est une faveur insigne.
Ils seront introduits dans les jardins d’Eden, où ils seront ornés de bracelets d’or, de perles, et revêtus de robes de soie.
Ils diront : Gloire à Dieu qui a éloigné de nous l’affliction ! Notre Seigneur est indulgent et reconnaissant.
Il nous a donné, par un effet de sa grâce, l’hospitalité dans l’habitation éternelle, où la fatigue ne nous atteindra plus, où la langueur ne nous saisira point. »

Extraits de la Sourate Les Anges, extraits du Coran

« Mais le feu de la géhenne est réservé à ceux qui ne croient point. Il n’y aura point d’arrêt qui prononce leur mort ; leur supplice ne sera point adouci ; c’est ainsi que nous rétribuerons les infidèles.
Ils crieront de fond de l’enfer : Seigneur ! fais-nous sortir d’ici ; nous pratiquerons la vertu autrement que nous ne l’avions fait auparavant. ― Ne vous avons-nous pas accordé une vie assez longue pour que celui qui devait réfléchir ait eu le temps de le faire ? Un apôtre fut envoyé vers vous.
Subissez donc votre peine ; il n’y a point de protecteur pour les méchants.
Dieu connaît les secrets des cieux et de la terre ; il connaît ce que les cœurs recèlent.
C’est lui qui vous constitue ses lieutenants sur la terre ; quiconque ne croit pas, son incrédulité retombera sur lui ; l’incrédulité n’ajoutera à l’incrédule qu’un surcroît d’indignation auprès de Dieu ; elle ne fera que porter leur ruine au comble.
Dis-leur : Vous avez considéré ces divinités que vous invoquez à l’exclusion de Dieu ; faites-moi voir quelle portion de la terre elles ont créée ; ont-ils leur part dans la création des cieux ? Leur avons-nous envoyé un livre qui leur serve de preuve évidente ? Non ; seulement les méchants se font des promesses illusoires. »

Extraits de la Sourate Les Anges, extraits du Coran

« Dieu contient les cieux et la terre, afin qu’ils ne s’affaissent pas ; s’ils s’affaissent, quel autre que lui saurait les soutenir ? Il est humain et indulgent.
Ils ont juré devant Dieu, par un serment solennel, que, si un apôtre venait au milieu d’eux, ils se maintiendraient dans le chemin droit plus que ne l’a fait aucun peuple de la terre ; mais lorsque l’apôtre parut, sa venue ne fit qu’accroître leur éloignement ;
Et cela à cause de leur orgueil dont ils s’enflent sur terre, et de leurs machinations criminelles : mais les machinations criminelles n’enveloppent que ceux qui les mettent en œuvre. Espèrent-ils autre chose que d’être jetés dans la voie des peuples d’autrefois ?
Tu ne trouveras point de variations dans les voies de Dieu. »

Extraits de la Sourate Les Anges, extraits du Coran

   Henri Michaux ~
 
DISTRAITEMENT FRAPPÉS, RYTHMES

« Frères de commencements obscurs
rythmes
rythmes, pendant qu’on lit,
qu’on repose, qu’on croit réfléchir

Sortis d’une main distraite
cœurs accompagnateurs
qui dans des objets, des meubles familiers
se mettent à battre
à part

Propagateurs de riens
de riens qui veulent être quelque chose

Fondements
Fondement qui parle en battements

tel un oiseau avec deux notes
deux pour toute une vie
avec deux notes seulement se rapatriant »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Cadre qui lutte, qui répudie, qui combat
qui commence une partie,
qui monte en ligne

Rythmes

Rythmes
afin de se séparer,
de se réparer
arrivant dans le vide du sujet, de tout sujet

………………………………………………………………
tandis que la mécréante pensée analysante
se force au profane
et s’y traîne,
Appel !

Appel qui s’élève
Secret muezzin
frisson soudain
à une brise intérieure qui se lève

Compagnons de musiques intérieures
ou encore à venir

Voix du bois
bâton d’aveugle

sans le pouvoir de se pavaner »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Cadre qui lutte, qui répudie, qui combat
qui commence une partie,
qui monte en ligne

Rythmes

Rythmes
afin de se séparer,
de se réparer
arrivant dans le vide du sujet, de tout sujet

………………………………………………………………
tandis que la mécréante pensée analysante
se force au profane
et s’y traîne,
Appel !

Appel qui s’élève
Secret muezzin
frisson soudain
à une brise intérieure qui se lève

Compagnons de musiques intérieures
ou encore à venir

Voix du bois
bâton d’aveugle

sans le pouvoir de se pavaner »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« vacants

pitons sur bancs mouvants

rustiques
criant en claquements
rustique irrémédiablement

serrés
sauvages

Eau lapée par la langue d’un loup »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

GLISSEMENT

« Frémissement
Frémissement à la surface des fonds

Je réponds par une immédiate mise en route
disloquante, déviée, détachante

Le timbre décolle des voix
Les façades ne coïncident plus avec les édifices
Le langue aussi a plongé. Mots en attente de sens

Simultanément ampleur
Ampleur est venue

Il se répand de la SOUVERAINETÉ

Des golfes s’élargissent
J’assiste à la présentation du « penser »
Les flots de la nuit glissent en plein jour

Ouverture.
Ouverture
Avec une avalanche de douceur
on entend la nature respirer »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Imprenable, imparable, inarrêtable,
la nouvelle onde par-dessus, par-dessous
passe
traverse

inonde

apportant calmes,
des calmes à toute allure

Planéité des eaux
tranquillement, posément, infiniment

l’horizontal, quelle immensité !

Défait de tout autre attribut
de sa liquidité, de sa luminosité, de sa masse
de son poids…
le lac
en voie vers un autre devenir

Horizontalité en extension
gagnant toujours

abstraite de tout

de presque tout
devenant essence »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Inattendue
inouïe, fine, fine,
délestée,
pure, unique est la jouissance d’horizontalité


en déportation dans l’horizontalité
………………………………………………………………..

plus immense qu’un pays
quoique dans l’esprit planant comme une aile
une aile qui tout excède…
idée
horizontalité-idée
…………

une brise s’élève – vagues au loin.

Crêtes et creux
Mouvance à perte de vue
Balancements
par centaines
là,
ressentis ici
versements, renversements, rerenversements »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« En toute direction, en ligne droite
vers les embarcations au large
je vais
par les vagues
une à une

chemin sans trace
parcours long, actif, saccadé.

Moutonnement,
de mouvements me saturant

Mouvance
Mouvance indéfiniment se renouvelant

Perfection des Mouvances
Excellence qui rappelle
qui rappelle d’autres excellences

Souvenirs d’événements récents
d’une justesse
d’une intensité
d’une délectation
l’un suscitant l’autre
affluant, chacun à l’état d’excellence »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Des riens
reviennent à la mémoire
incomparables, pafaits
sommets l’un après l’autre d’une chaîne
aux imprévisibles relais

Sortant du rang, un simple accent
devient emblème
un mot espagnol entendu le matin
se rue à mon ouïe
puis, à mon esprit apporte l’hispanité
l’essence même de l’hispanité.

Abstraction !
Après un temps tout s’y précipite

Abstractions comme des déclics
Une grande faux invisible en silence s’abat,
ne me laisse que des abstractions

Étiré d’admirations
de successives extrêmes admirations
trop sollicité
je repars,
………………………………………………………………..
 »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« Dense,
continuation du dense
le lieu de densité emporté avec moi
dans le véhicule qui fait route.

je descends.
Un parc que je connais, où j’étais…
surprenant
les arbres ont-ils tellement changé depuis hier ?

………………………………………………………………..
dans l’état qui dilate
qui se plaît à dilater ce qui déjà est dilaté
le port, la couronne des grands arbres ornementaux
augmente encore et rayonne, excessive, triomphale
………………………………………………………………..
Plus loin, plus haut
Densité revenue
Densité toujours là quand plus rien ne distrait
densité s’étale
………………………………………………………………..
montagnes pas toutefois comme je les aime

Malaise. Agacement.
un vague excès sans objet, en pure perte,
m’importune
m’incommode »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux

« De petites campanules à mes pieds s’inclinent
toutes à la fois, sur le versant qui blanchit »

Début du recueil Jours de silence, de Henri Michaux


   Patrick Frégonara ~
 

I
N’élude qu’investi. Plus royalement.

II
J’entends m’inféoder, mais aux nobles critères.

III
Es-tu l’archer de besoin de bâtir ?

IV
Etre nue, dit la preuve, ou ne pas figurer.

V
Révocable, et prêt à la révocation. Ainsi, du mol assentiment.

VI
Jalousie, de la même rectitude.

VII
Solitude, toute nue requise
grâce à l’octroi du crépuscule.

VIII
Masque à confondre avec ma loyauté.

Début du recueil Éthique, de Patrick Frégonara


IX
Il faudrait que le veuf soit le réparateur aussitôt du veuvage.

X
Aucun choix travesti ne jouxtera mon trône.

XI
Pour une éloquence travaillée. Souple. Non juvénile.

XII
Courroux de trop d’aisance.

XIII
Notre dédain s’applique.

XIV
Cognée, dans l’ascension.

XV
Vers une humilité renforcée.

XVI
Tel un tigre bondir.

Suite du recueil Éthique, de Patrick Frégonara


XVII
Que pareil à l’argent soit mon instinct, massif.

XVIII
Du discernement, comme une enluminure.

XIX
Lauriers des plus soumis, en direction des plus universels.

XX
Pour un bon arc, des flèches qui s’impatienteraient !

XXI
Privé de libertés, je tuerais sans méthodes.

XXI
Quelque part est inscrite notre aliénation.

Fin du recueil Éthique, de Patrick Frégonara

   Meister Eckehart ~
 

I
Au commencement
haut par delà sens
toujours est la Parole.
Ô riche trésor
où toujours commencement commencement enfanta !
Ô cœur du Père
d’où en liesse
la Parole toujours flua !
Cependant le sein
a gardé la Parole, c’est vrai.

II
Des deux un flux
d’amour le feu
des deux le lien
de deux connu
flue le très doux Esprit
tout identique
inséparable.
Les trois sont un.
Sais-tu quoi ? Non.
Lui se sait lui-même mieux que tout.

Début du dit Poème, de Meister Eckehart


III
Des trois le lien
a profonde épouvante,
cette ronde même
jamais sens ne concevra,
ici est une profondeur sans fond.
Échec et mat
temps formes lieu !
L’anneau merveilleux
est jaillissement,
tout immobile se tient son point.

IV
La montagne de ce point
gravis-la sans travail.
Lucidité !
Le chemin te porte
au désert merveilleux
qui au large au loin
sans mesure s’étend.
Le désert n’a
ni temps ni lieu,
sa manière c’est elle l’étonnant.

Suite du dit Poème, de Meister Eckehart


V
Ce bien de désert
oncques pied ne foula,
sens créé
ne vint oncques là.
C’est, et nul pourtant ne sait quoi
c’est ici, c’est là
c’est loin, c’est près
c’est profond, c’est haut
c’est ainsi
que ça n’est ni ceci ni cela.

VI
C’est lumineux, c’est transparent
c’est sombre entièrement
c’est innommé
c’est inconnu
libre de commencement, de fin pareillement
nu, sans vêtement.
Qui sait sa maison ?
Qu’il en sorte
et nous dise quelle est sa forme.

Suite du dit Poème, de Meister Eckehart


VII
Deviens tel un enfant
deviens sourd, deviens aveugle !
Ton être même
faut que néant devienne,
tout être, tout néant, bannis de là tout sens !
Laisse lieu, laisse temps
et l’image également !
Prends sans chemin
le sentier étroit
ainsi viendras-tu à l’empreinte du désert.

VIII
Ô mon âme
sors, Dieu entre !
Sombre tout mon être
dans le néant de Dieu,
sombre dans ce flux sans fond !
Que je te fuies
tu viens à moi.
Que je me perde
je le trouve
ô bien suressentiel !

Fin du dit Poème, de Meister Eckehart

   Michel Houellebecq ~
 

Par la mort du plus pur
Toute joie est invalidée
La poitrine est comme évidée,
Et l’œil en tout connaît l’obscur.

Il faut quelques secondes
Pour effacer un monde


Poème en ironie extrait de l’étendue grise,
et tiré du recueil Configuration du dernier rivage,
de Michel Houellebecq

Disparue la croyance
Qui permet d’édifier
D’être et de sanctifier,
Nous habitons l’absence.

Puis la vue disparaît
Des êtres les plus proches.


Poème en ironie extrait de l’étendue grise,
et tiré du recueil Configuration du dernier rivage,
de Michel Houellebecq

Je n’ai plus d’intérieur,
De passion, de chaleur ;
Bientôt je me résume
À mon propre volume.

Vient toujours un moment où l’on rationalise,
Vient toujours un matin au futur aboli
Le chemin se résume à une étendue grise
Sans saveur et sans joie, calmement démolie.


Poème en ironie extrait de l’étendue grise,
et tiré du recueil Configuration du dernier rivage,
de Michel Houellebecq

L’arc aboli de tristesse élancée
Dans une lutte imperceptible, ultime
Se raffermit conjointement, minime ;
Les dés sont à demi lancés.


Poème en ironie extrait de l’étendue grise,
et tiré du recueil Configuration du dernier rivage,
de Michel Houellebecq

L’épuisement central d’une nuit sans étoiles
Adornée de néant
(L’oubli compatissant a déposé son voile
Sur les choses et les gens).

L’élément bizarre
Dispersé dans l’eau
Réveille la mémoire,
Remonte au cerveau
Comme un vin bulgare.


Poème en ironie extrait de l’étendue grise,
et tiré du recueil Configuration du dernier rivage,
de Michel Houellebecq


   Arthur Rimbaud ~

 
                                     Voyelles

   A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
   Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
   A, noir corset velu des mouches éclatantes
   Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

   Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
   Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
   I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
   Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

   U, cycles, vibrements divins des mers virides,
   Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
   Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux,

   O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,
   Silences traversés des Mondes et des Anges :
   − Ô l’Omega, rayon violet de Ses Yeux ! –

*

   L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
   L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins,
   La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,
   Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Poème de Arthur Rimbaud






Toi famille

   De nous tendres éloges ~
                                            Féminines oisivetés ~
                                                                                Noyant d’ambles quérirs ~
De primaires élections ~
                                        Z-et m’enrivant d’exil ~
                                                                                De réels ici-bas ~

Sablières de ma vie ~

Z-et des astres nous soi ~

   Vous que j’aimes j’aimeraies ~
                                                      Sans nulle ombre qu’ans nous ~


Novembre 2016 (Suisse)

 

 


   Confidence


                                             Prolifiquat* franc-pâtissier*, les fontainements*
                                             humains nous en ont toujours fourni les visions
                                             devancières, bien au-delà des mornes spéculations
                                             ou pressentiments frelatés. Mais afin d’en voir un
                                             jour exhausser la puissance harmoniste*, c’est
                                             d’abord à nous citoyens, qu’il revient l’escarpé
                                             devoir d’initier le verbe en la sagesse intuitive de
                                             leur nature. Ôh ~ Œuvrement* oraclaire* ~

                                             Vivre-en-poésie - I - De la drogue d'épouser la vie


   Le verbe dont je vous parle n'est évidemment pas, littéraire, mais présentiel*. Rien ne servant davantage une existence pacifiée que la verbalisation diaprosophe. La conversionnelle* poétique de l'ici, assurément entendue comme la vitaliste substance du lieu. Celle de nos soi. Celle de nous qui.
   De même que mon récent manifeste pour une psychanalyse vitaliste l'oriente, mon propos s'est ainsi toujours dévoilé d'une praxis chromatique. Renouvelant en ces pages loyauté vitale aux amours d'exhausser.

2018

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