António Ramos Rosa, René Char, Charles Baudelaire, Carlos Drummond de Andrade
« Être la femme dans la maison et entendre son domaine
entre le chant et le silence. »
Extrait de l'un des poèmes de Le cycle du cheval
d'António Ramos Rosa
« La lumière cherche un nid en nos mains »
Vers extrait du poème Le chant de la source
tiré de Accords d'António Ramos Rosa
« Terre, dans ta gloire fulgurante, je t'ai aimée ébloui,
je me suis rendu à ta lumière et à ton ombre, à ta vie infinie
et j'ai baisé le sable ardent avec une ivresse lucide
comme un corps d'amant lumineux et fragile,
et c'étaient de minuscules bouches de soleil qui scintillaient.
Terre, je te vois comme une grande rose ardente
sous la rosée
et j'entends les premiers soupirs amoureux, une
rumeur de lèvres,
et je te sens passer dans le cœur de la lumière dorée
comme une barque légère d'allégresse végétale.
Une fois, une fois de plus ta chevelure m'accueille
et tes veines consentent ces paroles rouges
qui sont ivres d'amour, de clarté et de musique.
Je suis immergé dans ta bouche comme dans un nid paisible.
Bonheur inviolable qui est le mien et celui de l'univers ! »
Fin du poème Terre
tiré de Accords d'António Ramos Rosa
« ô patrie prodigieuse aux grands cils verts
aux lents diamants aux diadèmes légers
ô patrie je respire le velours de ton souffle »
Extrait de l'un des poèmes de Clameurs
d'António Ramos Rosa
« une saveur verte et salée s'attarde sur la langue
quand la main épouse la chose réelle et vivante
qui scintille comme un vocable d'argile et de pollen
nous savons alors que nous sommes le fruit du souffle
océanique
que notre chant vibre avec le vin des vagues incessantes
que nous respirons avec le vent sauvage de la marée infinie
unanimement avec les narines du vent et les narines du soleil
dans notre soif et fragilité d'arbustes terrestres
entre les mains immenses d'une femme marine »
« Je cherche la liberté je cherche la danse
dans l'appétit entier de la vie entière
avec la fureur d'un buffle et la délicatesse d'une gazelle »
« je nais d'une femme de ses flancs bleus
de sa bonté statique comme une jarre voluptueuse »
« Le vin du désir vient d'une île immergée »
Extraits de divers poèmes de Clameurs
d'António Ramos Rosa
« Tu es seulement une lèvre une inflexion subtile
mais ton ouverture est comme un regard fertile
qui renouvelle le monde sur une toile solaire
D'îles amies tu peuples l'espace
et toutes les ombres sont légères dans ton souffle
imperceptible »
« Une parole imperceptible éveille ce qui n'ose pas encore
et dans l'oreille amante le maillon incorruptible
réunit le diamant du silence aux clairières du jour »
Extraits de divers poèmes de Clameurs
d'António Ramos Rosa
156
« Accumule, puis distribue. Sois la partie du miroir de l'univers la plus dense, la plus utile et la moins apparente. »
201
« Le chemin du secret danse à la chaleur. »
237
« Dans nos ténèbre, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. »
Trois Extraits des Feuillets d'Hypnos de René Char
[24]
« Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable. »
Extrait d'En trente-trois morceaux de René Char
« Poésie, la vie future à l'intérieur de l'homme requalifié. »
« Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir. »
« Poésie, unique montée des hommes »
« La seule signature en bas de la vie blanche,
c'est la poésie qui la dessine. »
« La poésie vit d'insomnie perpétuelle. »
« La poésie sera toujours au premier chef une évasion »
Extraits de Sur la Poésie de René Char
« la poésie, loin d'être aussi singulière qu'on lui en fait le reproche, fait partie intégrante de l'univers »
Extrait de Sous ma casquette amarante de René Char
« L'homme dont l'appétit hors de l'imagination se calfeutre sans finir de s'approvisionner, se délivrera par les mains, rivières soudainement grossies. »
« Déborder l'économie de la création, agrandir le sang des gestes, devoir de toute lumière. »
Extraits du poème Argument
tiré de Seuls demeurent de René Char
« je trouve refuge dans une innocence où l'homme qui rêve
ne peut vieillir. »
Extrait du poème Envoûtement à la renardière
tiré de Seuls demeurent de René Char
« Le chant termine l'exil. »
Extrait du poème Jeunesse
tiré de Seuls demeurent de René Char
XXXIV
« Entre innocence et connaissance, amour et néant,
le poète étend sa santé chaque jour. »
XLVII
« Reconnaître deux sortes de possible : le possible diurne et le possible prohibé. Rendre, s'il se peut, le premier l'égal du second ; les mettre sur la voie royale du fascinant impossible, degré le plus haut du compréhensible. »
LV
« L'évasion dans son semblable, avec d'immenses perspectives de poésie, sera peut-être un jour possible. »
Extraits de Seuls demeurent de René Char
« Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les être et par les
choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques
fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière. »
Extrait du poème Commune présence
tiré de Commune présence de René Char
« Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. »
« Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. »
Extrait du poème J'habite une douleur
tiré de Commune présence de René Char
X
« Tu es dans ton essence constamment poète, constamment au zénith de ton amour, constamment avide de vérité et de justice. C'est sans doute un mal nécessaire que tu ne puisses l'être assidûment dans ta conscience. »
XVIII
« Pouvoir marcher, sans tromper l'oiseau,
du cœur de l'arbre à l'extase du fruit. »
Extrait du poème À la santé du serpent
tiré de Commune présence de René Char
« Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie.
Telle est la voie sacrée. »
Extrait du poème Le terme épars
tiré de Le Nu perdu de René Char
« L'inaccompli bourdonne d'essentiel. »
Extrait du poème Voyageurs
tiré de Aromates chasseurs de René Char
« — Maint joyau dort enseveli
Dans les ténèbres et l'oubli,
Bien loin des pioches et des sondes ;
Mainte fleur épanche à regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes. »
Extrait du poème Le guignon de Charles Baudelaire
« La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.
J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts ;
Un port retentissant où mon âme peut boire
À grand flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur. »
Extrait du poème La chevelure
de Charles Baudelaire
« Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Extrait du poème L'invitation au voyage
de Charles Baudelaire
« Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Extrait du poème L'invitation au voyage
de Charles Baudelaire
« Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Extrait du poème L'invitation au voyage
de Charles Baudelaire
« — Ô vie future ! nous te créerons. »
Dernier vers du poème Grand monde
tiré de Sentiment du monde de Carlos Drummond de Andrade