Juan Ramón Jiménez (2)
I
Sois enraciné ;
mais que l'on ne voit pas
ta racine.
Seulement, dans le jour nouveau,
le vert, l'oiseau, la fleur !
Poème tiré de la quatrième partie de Poésie en vers
de Juan Ramón Jiménez
XII
ÉTÉ
Le saut !
Quelle joie dans ces jambes blanches,
ces bras gracieux !
— Dessous, l'eau. —
Ce sont des fleurs ;
des fleurs du pré et de la chair ;
des secrets, des voix !
— Et l'eau, qui coule. —
Ce sont des lunes ;
lunes du corps et du ciel,
femme nue !
Poème tiré de la quatrième partie de Poésie en vers
de Juan Ramón Jiménez
XV
ROSES FRAÎCHES
Quelle plus belle prière,
quel plus haut désir
que de sourire aux roses
du matin ;
de mettre leur belle âme
au dedans de notre âme ;
de tout désirer
avec leur parfum !
Poème tiré de la quatrième partie de Poésie en vers
de Juan Ramón Jiménez
II
SOLEIL
L'eau éternelle — dans l'ombre — chante
et les fleurs nouvelles l'écoutent.
Que ne vienne personne ici
d'autre que la femme nue !
Poème tiré de la première partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
V
Cette vie, que j'aime
plus que ma vie — mouvement,
en moi, d'un moi immortel, plus moi
que moi — ; qui me fait
ombre et oubli, qui me fait
désir et lumière !
Poème tiré de la première partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
VII
Comme il est beau de vivre ainsi toujours debout,
— beauté ! —
pour le repos éternel d'un instant !
Poème tiré de la première partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
XV
Comme à travers un cristal de roche,
femme nue, comme
l'on voit à travers toi la vie bordée
— si précieuse ! —
d'or et de couleurs !
C'est comme un autre univers
unique — entre l'urne de chair et notre œil —
prisonnier de fers aux couleurs de l'iris,
avec un zeste de lumière,
et tout son secret entre nos mains.
Poème tiré de la première partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
XXI
LA MORT
« Ô vie, divine vie ! »
Extrait d'un poème de la deuxième partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
XL
LE COURANT INFINI
Mon âme coule, telle une eau pure,
entre une rive d'or de souvenir
et une autre dorée d'espérance,
reflétant, sur un point, les deux passions
et les égalant, en leur fugue
vers l'éternelle nouveauté.
Poème tiré de la deuxième partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
III
PRÉSENCE
Sans nuage le ciel !
Sans un voile le corps !
Vive la gloire extérieure ;
la vérité et la terre !
L'eau qui s'écoule libre !
L'âme exempte de toute norme !
Vive la lumière du jour ;
l'évidence de la vie !
Ni illusion ni fatigue !
Comme chantent les oiseaux !
Vive les choses connues ;
la main et la saison d'été !
Poème tiré de la troisième partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
IX
NATURE
Tout infini auquel j'aspire,
— beauté, œuvre, amour, bonheur —,
est, au même instant, moi.
Et l'infini reste le même.
Poème tiré de la troisième partie de Beauté
de Juan Ramón Jiménez
XXXVIII
SOLEIL DANS LA CABINE
« Amour, regard ouvert,
volonté indicible ! »
Extrait d'un poème de la deuxième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
LXXIX
« — Quelle joie ! Que c'est beau !
Guirlande quotidienne de ma vie,
reverdie toujours par la méthode ! »
Extrait d'un poème de la troisième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
CVII
PRINTEMPS ?
Oui. Mets-toi sur la pointe des pieds. Ne vois-tu pas le monde, comme si c'était un soleil naissant, derrière l'arbuste vert, blanc et rouge carmin de l'aurore ?
Poème tiré de la troisième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
CXVII
CHANSON
Je ne vis que dans
le printemps !
Vous qui le voyez du dehors
que connaissez-vous de son centre ?
— Si vous allez à sa rencontre,
mon rêve ne s'altère pas... —
Je ne vis que dans
le printemps !
Poème tiré de la troisième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
CXIX
SÉRÉNADE SPIRITUELLE
« Il est si bon de donner, soi, entier
son désir ardent, sans récompense !
C'est cela la vie immense,
L'amour vrai ! »
Extrait d'un poème de la troisième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
CLXXXV
VIE
Ton nom aujourd'hui, mer, est vie.
Jamais rien n'a palpité ainsi, avec la richesse sans rives
de ton mobile et lucide brocart vert argent,
blanche entraille et bleu de l'éternelle beauté ;
gisement sans fin de cœurs
de toutes les couleurs
et de toutes les lumières ;
mer vivante, vivante, vivante ! toute vivante et rien que
vivante !
seulement et pour toujours vivante, mer !
Poème tiré de la quatrième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
CCXVII
SIMPLICITÉ
« Simplicité pure,
source du tendre pré de mon âme,
odeur de l'heureux jardin de mon âme,
chanson de la mer tranquille de mon âme,
lumière du jour serein de mon âme ! »
Extrait d'un poème de la cinquième partie
du Journal d'un poète jeune marié
de Juan Ramón Jiménez
LXVII. CONVALESCENCE
« Mon âme se déverse, purifiante, comme un torrent céleste qui jaillirait dans l'ombre, du sommet de mon cœur. »
Extrait d'un poème de Platero et moi
de Juan Ramón Jiménez