Octavio Paz (1)
« J'avance lentement et je peuple la nuit d'étoiles, de paroles, de la respiration d'une eau lointaine qui m'attend où paraît l'aube. »
Extrait du poème Liberté sur parole d'Octavio Paz
« Viens vole adviens éveille-toi
Romps les digues avance
Forêt de blancheurs
Marée d'armes blanches
Mer sans bride galopant dans la nuit
Étoile debout »
« Donne enfin l'heure de la rencontre
Horloge de Sang
Pierre de touche de cette vie. »
Extraits du poème Pierre de touche d'Octavio Paz
« Terre confuse imminence de sculpture
Le monde lève son front encore nu
Pierre polie et lisse où graver un chant
La lumière ouvre son éventail de noms
Début d'hymne comme un arbre
Vent et noms splendides dans le vent. »
Extrait du recueil Condition de nuage d'Octavio Paz
« À l'arbre du jour
pendent des fruits de jade,
feu et sang dans la nuit. »
Extrait du poème Leçon de choses d'Octavio Paz
« Midi futur, arbre immense au feuillage invisible. »
Extrait du poème Vers le poème d'Octavio Paz
« Tout est dieu. »
Extrait du poème Hymne parmi les ruines d'Octavio Paz
« Midi, élévation du monde. »
Extrait du poème Fontaine d'Octavio Paz
« Comme une mère amoureuse à l'excès, une mère terrible
qui étrangle,
comme une lionne taciturne et solaire,
comme une seule vague qui est toute la mer,
cela est arrivé sans bruit, est un roi qui a séjour dans chacun
de nous,
et le verre des jours fond et dans chaque poitrine il érige un
trône d'épine et de braise
et son empire est un hoquet solennel, une respiration
piétinée de dieux et de bêtes aux yeux dilatés,
à la bouche pleine d'insectes brûlants et qui prononce
une même syllabe nuit et jour, nuit et jour.
Été, bouche immense, voyelle faite de vapeur et de
halètement. »
Extrait du poème Mutra d'Octavio Paz
« Le regard intérieur se déploie et un monde de vertige
et de feu naît sous le front :
bleus soleils, tourbillons verts, becs de lumière qui fendent
des astres comme grenades,
tournesol solitaire, œil d'or tournoyant au centre d'une
esplanade calcinée,
forêts de sons, forêts d'échos, de réponses et d'ondes,
dialogue de transparences,
vent, galop d'eau entre les murs interminables d'une gorge
de jais,
cheval, comètes, fusée qui se cloue au cœur même de la
nuit, plumages, jets d'eau,
plumages, effloraison soudaine des torches, voiles, ailes,
invasion du blanc,
chant des oiseaux des îles sous le front du rêveur !
J'ouvris, je levai mes yeux et je vis comment la nuit se
couvrit d'étoiles.
Îles vivantes, bracelets d'îles en flammes, pierres ardentes
qui respirent, grappes de pierres vivantes,
sources, clartés, chevelures sur une épaule sombres,
combien de rivières là-haut et ce bruit lointain de l'eau
contre le feu !
Harpes, jardins de harpes. »
Extrait du poème La jarre cassée d'Octavio Paz
« Il faut dormir les yeux ouverts, il faut rêver avec les
mains,
rêver les rêves vivants d'une rivière qui cherche ses rives,
les rêves d'un soleil rêvant ses mondes,
il faut rêver à haute voix, il faut chanter jusqu'à ce que le
chant s'enracine, tronc, branches, oiseaux, astres,
chanter jusqu'à ce que le chant engendre et que sourde de la
côte du dormeur l'épi rouge de la résurrection,
l'eau de la femme, la source pour boire et se voir et se
reconnaître et se reprendre,
la source pour se savoir homme, l'eau qui se parle à
elle-même dans la nuit et nous nomme de notre nom,
la source qui dise je, tu, il, nous sous le grand arbre,
vivante statue de la pluie,
qui dise les pronoms pour nous reconnaître et être fidèles
à notre nom,
il faut rêver jusqu'à la source, remonter les siècles en
ramant,
au-delà de l'enfance, au-delà du commencement, au-delà
des eaux de baptême,
jeter à bas les murs entre l'homme et l'homme »
Extrait du poème La jarre cassée d'Octavio Paz
« il faut désenterrer la parole perdue, rêver vers l'intérieur,
vers l'extérieur,
déchiffrer le tatouage de la nuit et regarder midi dans les
yeux, lui arracher son masque,
se baigner dans le soleil et manger les fruit de la nuit,
épeler l'écriture de l'étoile et du fleuve,
écouter ce que disent le sang et la marée, la terre et le corps,
revenir au point de départ,
ni à l'intérieur ni à l'extérieur, ni en haut ni en bas, à la
croisée des chemins, où commencent les chemins ;
la lumière chante avec une rumeur d'eau, l'eau chante
avec une rumeur de feuillage,
l'aube est chargée de fruits, le jour et le nuit réconciliés
glissent comme un seul fleuve paisible,
le jour et la nuit se caressent longuement comme une
femme et un homme,
les saisons et les hommes coulent comme un seul fleuve
interminable sous des arches de siècles,
vers le centre vivant de l'origine, au-delà de la fin et du
commencement. »
Extrait du poème La jarre cassée d'Octavio Paz
« Entre la vie immortelle de la vie
Et la mort immortelle de l'histoire
Aujourd'hui est de tout jour
Quelle que soit la chambre
Fête d'ignorance et savoir de présence »
Extrait du poème Pierre sépulcrale d'Octavio Paz
« Avènement de l'instant
Le mouvement dans lequel s'érige
Et se défait l'être total
Conscience et mains pour saisir le temps
Je suis une histoire
Une mémoire qui s'invente
Je ne suis jamais seul
Je te parle toujours Tu me parle toujours »
Extrait du poème Vrindaban d'Octavio Paz
« L'écriture poétique c'est
apprendre à lire
le creux de l'écriture
dans l'écriture
non des traces de ce que nous fûmes
mais des chemins
vers ce que nous sommes »
Extrait du poème Lettre à Léon Felipe d'Octavio Paz
« contemplée par mon ouïe Horizon de musique étale
respirée par mes yeux Pont suspendu de la couleur
jusqu'à l'arôme
caressée par mon souffle Odeur nudité
entre les mains de l'air
entendue de ma langue Cantique des saveurs
happée par mon toucher Festin de brume »
Extrait du recueil Blanc d'Octavio Paz
« Animaux et choses deviennent langages,
au travers de nous l'univers s'entretient
avec lui-même. Nous sommes un fragment,
— accompli dans son inaccomplissement —
de son discours. »
Extrait du poème Pierre sépulcrale d'Octavio Paz
« En cette vie il est une autre vie »
Extrait du poème Le temps même d'Octavio Paz
« Sur l'autre rive le soleil monte
à rebours
Ses racines s'enterrent dans le ciel
Nous pourrions nous cacher sous son feuillage
Avec ses branches nous allumons un feu
Le jour est habitable »
Extrait du poème Trowbridge Street d'Octavio Paz
Deux en un
Descend
nue
la lune la femme
par le puits par mes yeux
Poème d'Octavio Paz
« La poésie est connaissance, salut, pouvoir, abandon. Opération capable de changer le monde, l'activité poétique est révolutionnaire par nature ; exercice spirituel, elle est une méthode de libération intérieure. La poésie révèle le monde ; elle en crée un autre. »
Et de poursuivre :
« Folie, extase, logos. »
Puis :
« Confession. Expression innée. Vision ; musique ; symbole. Analogie : le poème est le coquillage où résonne la musique du monde, et rimes et mètres ne sont que les correspondances, les échos de l'harmonie universelle. Enseignement, morale, exemple ; révélation, danse, dialogue, monologue. »
Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz