Octavio Paz (2)

Publié le par Nicolas Urvoy

« Le poème n'est pas une forme littéraire, mais le lieu de rencontre entre la poésie et l'homme. »

 

« Le poète rend à sa matière la liberté. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Sans cesser d'être langage — sens et transmission du sens — le poème est un au-delà du langage. »

 

« Le poème, sans cesser d'être parole et histoire, transcende l'histoire. »

 

« Le poète crée des images, des poèmes ; et le poème rend le lecteur image et poésie. »

 

« Car le poème est voie d'accès au temps pur, immersion dans les eaux originelles de l'existence. La poésie n'est rien d'autre que temps, rythme perpétuellement créateur. »

 

« Quand un poète trouve sa parole, il la reconnaît : elle était en lui déjà. Et lui déjà était en elle. La parole du poète se confond avec son être même. Il est sa propre parole. Au moment de la création, la partie la plus secrète de nous-même affleure à la conscience. Créer, c'est mettre au jour certaines paroles inséparables de notre être. Celles-là et non point d'autres. Le poète est fait de paroles nécessaires et irremplaçables. »

 

« Le poète transforme, recrée ou purifie la langue, pour la faire sienne ensuite. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Ce n'est pas un paradoxe d'affirmer que le poète — comme les enfants, les primitifs et, finalement, tous les hommes lorsqu'ils donnent libre cours à leur tendance la plus profonde et la plus naturelle — est un imitateur de profession. Cette imitation est création originale : évocation, résurrection et recréation de quelque chose qui est à l'origine des temps et au fond de chaque homme, quelque chose qui se confond avec le temps même et avec nous et qui, étant de tous, est aussi bien unique et singulier. Le rythme poétique est l'actualisation de ce passé qui est un futur qui est un présent : nous-mêmes. La phrase poétique est temps vivant, concret : elle est rythme, temps originel, perpétuellement se recréant. »

 

« La prose est un genre tardif, issu de la défiance de la pensée devant les tendances naturelles de la langue. La poésie appartient à toutes les époques : c'est la forme d'expression naturelle des hommes. Il n'existe pas de peuples sans poésie ; il en est qui ignorent la prose. »

 

« Je ne crois pas en la fin de l'écriture ; je crois que le poème évoluera de plus en plus vers la partition. La poésie redeviendra parole dite. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L' « unité céleste » de l'univers est dans le rythme. »

 

« Entendre le rythme de la création — mais aussi le voir et le toucher — pour établir un pont entre le monde, les sens et

l'âme : telle est la mission du poète. »

 

« L'identité ultime entre l'homme et le monde, la conscience et l'être est la croyance la plus ancienne de l'homme. Toutes nos entreprises sont en quête de l'antique sentier, de la voie de communication oubliée entre les deux mondes. »

 

« Les noces alchimiques ne sont pas distinctes de celles des humains. »

 

« la poésie, royaume où le nommer est être. »

 

« le poète fait plus que dire la vérité ; il crée des réalités douées d'une vérité : celles de sa propre existence. »

 

« le poète affirme que ses images nous disent quelque chose sur le monde et sur nous-mêmes et que ce quelque chose, en apparence déraisonnable, nous révèle en vérité ce que nous sommes. »

 

« Le poème nous remet en mémoire ce que nous avons

oublié : ce que réellement nous sommes. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Le poète ne veut pas dire : il dit. »

 

« Le sens du poème est le poème même. »

 

« Le poème transcende le langage. Et ceci explique ce que j'ai dit ailleurs : le poème est langage — et langage originel, antérieur à sa mutilation dans la prose ou la conversation — mais il est aussi quelque chose de plus. Et ce quelque chose est inexplicable par le langage, quoiqu'il ne puisse être atteint que par lui. Né de la parole, le poème débouche sur quelque chose qui la dépasse. »

 

« En deçà de l'image gît le monde de la langue courante, des explications et de l'histoire. Au-delà s'ouvrent les portes du

réel : signification et non-signification deviennent des termes équivalents. Tel est le sens ultime de l'image : elle-même. »

 

« Le langage, revenu sur lui-même, dit ce qui par nature paraissait lui échapper. Le dire poétique dit l'indicible. »

 

« Le langage indique, représente ; le poème n'explique ni ne représente : il présente. »

 

« La poésie est entrée dans le monde réel, immanence au monde, être au monde. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'image n'explique pas : elle invite à être recréée et, littéralement, revécue. Le dire du poète s'incarne dans la communion poétique. L'image transforme l'homme et le convertit à son tour en image, c'est-à-dire en espace où les contraires se fondent. Et l'homme lui-même, déchiré dès sa naissance, se réconcilie avec soi quand il se fait image, quand il se fait autre. La poésie est métamorphose, échange, opération alchimique ; par là, elle est proche de la magie, de la religion et des autres tentatives pour transformer l'homme et faire de « celui-ci » et de « celui-là » cet « autre » qu'il est lui-même. L'univers cesse d'être un vaste magasin de choses hétérogènes. Astres, souliers, larmes, locomotives, saules, femmes, dictionnaires, tout est une immense famille, tout se communique et se transforme sans cesse, un même sang court à travers toutes les formes et l'homme peut être enfin son

désir : lui-même. La poésie place l'homme hors de soi et, simultanément, le fait revenir à son être originel : elle le rend à soi. L'homme est son image : lui-même et cet autre. Au travers de la phrase qui est rythme, qui est image, l'homme, en perpétuelle instance d'être, est. La poésie est entrée dans

l'être. »

 

« Le poème se réalise dans la participation, qui n'est autre que recréation de l'instant originel. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'expérience du sacré n'est pas tant la révélation d'un objet extérieur à nous — dieu, démon, présence étrangère — qu'une ouverture de notre cœur et de ce qui en nous est le plus intime, pour que surgisse cet « Autre » caché. »

 

« Quand le cœur se sent lui-même... alors naît la poésie. »

 

« la parole poétique affirme la vie de cette vie. Je veux dire que l'acte poétique, le dire du poète — indépendamment du contenu particulier de ce dire — sont des actes qui ne constituent pas, originellement du moins, une interprétation, mais une révélation de notre condition. »

 

« « La femme, dit Machado, est le visage de l'être. » Pure présence : en elle l'être affleure et se rend présent. »

 

« l'amour est création de l'être. »

 

« L'expérience poétique est une révélation de notre condition originelle. Et cette révélation se résout en une création : celle de nous-mêmes. La révélation ne découvre pas une réalité extérieure qui se trouvait là, étrangère, mais c'est l'acte de découvrir qui contient la création de ce qui va être

découvert : notre propre être. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'homme est voué à nommer et à créer l'être. C'est là sa condition : pouvoir être. Le pouvoir de sa condition consiste en cela même. En somme, notre condition originelle n'est pas pure carence, non plus qu'abondance, mais possibilité. La liberté de l'homme se fonde et s'enracine dans le fait de n'être que possibilité. Réaliser cette possibilité, c'est être, se créer soi-même. Le poète révèle l'homme en le créant. »

 

« L'acte poétique montre qu'être mortels n'est qu'une des faces de notre condition. L'autre est d'être vivants. »

 

« L'expérience poétique ouvre les sources de l'être. »

 

« La parole poétique et celle de la religion se confondent tout au long de l'histoire. Mais la révélation religieuse ne constitue pas — au moins dans la mesure où elle est parole — l'acte originel, mais son interprétation. La poésie, au contraire, est révélation de notre condition et, par la même, création de l'homme par l'image. La révélation est création. Le langage poétique révèle la condition paradoxale de l'homme, son

« altérité » et ainsi le porte à réaliser ce qu'il est. Ce ne sont pas les écritures sacrées des religions qui fondent l'homme, car elles s'appuient sur la parole poétique. L'acte au moyen duquel l'homme se fonde et se révèle à lui-même est la poésie. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« La révélation de notre condition est aussi bien création de nous-mêmes. Comme on l'a vu, cette révélation peut revêtir des formes multiples et même ne donner lieu à aucune formulation verbale. Mais toujours elle implique une création de cela même qu'elle révèle : l'homme. Par essence, notre condition originelle est une réalité en train de se faire constamment. Quand la révélation prend la forme particulière de l'expérience poétique, l'acte est inséparable de son expression. La poésie ne se sent

pas : elle se dit. Je veux dire : elle n'est pas une expérience que les mots traduisent après coup, mais dont les mots mêmes constituent le noyau. L'expérience consiste à nommer ce qui, avant d'être nommé, manquait proprement d'existence. »

 

« L'inspiration, l' « autre voix », l' « altérité » sont, en leur essence, la temporalité jaillissant, se manifestant sans cesse. Inspiration, « altérité », liberté et temporalité sont transcendance. Mais vers quoi sont-elles transcendance, mouvement de l'être ? Vers nous-mêmes. »

 

« L'être est érotisme. »

 

« La voix du désir est la voix même de l'être, parce que l'être n'est que désir d'être. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Les pronoms de nos langages sont des modulations, des inflexions d'un autre pronom secret, indicible, qui tous les sustente, origine du langage, fin et limite du poème. Les langues sont des métaphores de ce pronom originel que je suis, moi et les autres, ma voix et l'autre voix, tous les hommes et chacun. L'inspiration est projet d'être sans doute, mais elle est aussi et surtout rappel de l'être que nous sommes et retour à lui. Retour à l'Être. »

 

« Le poème est médiation entre une expérience originelle et un ensemble d'actes et d'expériences postérieures, qui n'acquièrent de cohérence et de sens que par référence à cette expérience première que le poème consacre. »

 

« Comme toute création humaine, le poème est un produit historique, l'expression d'un temps et d'un lieu ; mais c'est aussi quelque chose qui transcende l'historique et se situe dans un temps antérieur à toute histoire, au commencement du commencement. »

 

« source, jaillissement ; le poème donne à boire l'eau d'un présent perpétuel, qui est autant le passé le plus reculé que le futur le plus immédiat. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Le poète n'échappe pas à l'histoire, même quand il la nie ou l'ignore. Ses expériences les plus secrètes ou personnelles se transforment en paroles sociales, historiques. En même temps, par ces même paroles le poète dit autre chose : il révèle l'homme. Cette révélation, qui est le sens ultime de tout poème, n'est presque jamais explicite, mais elle est le fondement de tout dire poétique. »

 

« La parole poétique n'est jamais complètement de ce

monde : elle nous entraîne toujours ailleurs vers d'autres terres, d'autres cieux, d'autres vérités. La poésie paraît échapper à la loi de gravité de l'histoire, parce que jamais sa parole n'est entièrement historique. »

 

« La création poétique n'est rien d'autre que l'exercice de la liberté humaine. Ce qu'on appelle inspiration n'est que la manifestation ou le déploiement de cette liberté. L'expérience poétique n'est rien d'autre non plus que la révélation de la condition humaine, c'est-à-dire de cette transcendance incessante en laquelle précisément réside la liberté

essentielle. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« ce qui est implicite en tout dire poétique et qui est le noyau de la parole poétique : la révélation de notre condition et la réconciliation de celle-ci avec elle-même. Cette révélation n'est pas un savoir de quelque chose ou concernant quelque chose, car la poésie serait alors philosophie. C'est un retour à la vérité de notre être révélée par le poète ; elle ne revêt pas la forme d'un jugement : c'est un acte inexplicable autrement que par lui-même et qui jamais n'a forme abstraite. Ce n'est pas une explication de notre condition, mais une expérience en laquelle notre condition elle-même se révèle ou se

manifeste. »

 

« L'expérience poétique — originale ou dérivée de la lecture — ne nous apprend rien sur la liberté : c'est la liberté même se déployant et ainsi réalisant pour un instant l'homme. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« Pour Shelley, le poète moderne reprendra sa place ancienne usurpée par le prêtre et redeviendra la voix d'une société sans monarque. Heine demande qu'on dépose sur sa tombe l'épée du guerrier. Tous voient dans la grande révolte de l'esprit critique le prologue d'un événement plus décisif

encore : l'apparition d'une société fondée sur la parole poétique. Novalis déclare que « la religion n'est rien d'autre que la poésie pratique », c'est-à-dire la poésie incarnée et vécue. Plus hardi que Coleridge, il affirme : « La poésie est la religion originelle de l'humanité. » Rétablir la parole originelle, comme telle est la mission du poète, équivaut à rétablir la religion originelle, antérieure aux dogmes des Églises et des États. »

 

« La parole du poète est la parole originelle antérieure aux Bibles et aux Évangiles : « Le génie poétique est l'homme vrai... les religions de tous les peuples dérivent des différentes formes d'approche du génie poétique... les Testaments juif et chrétien dérivent originellement du génie poétique*... » »

 

* Blake, All religions are one, 1778.

 

« La mission du poète est de rétablir la parole originelle dévoyée par les prêtres et les philosophes. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« La vérité ne procède pas de la raison, mais de la perception poétique, c'est-à-dire de l'imagination. Ce ne sont ni les sens ni le raisonnement qui constituent l'organe naturel de la connaissance, car ils sont limités et, en vérité, contraires à notre essence ultime, qui est désir infini : « Cela qui n'est pas tout ne peut satisfaire l'homme. » »

 

« Par l'imagination, l'homme satisfait son désir infini et devient lui-même infini. L'homme est une image, mais une image en laquelle lui-même s'incarne. L'extase amoureuse est cette incarnation de l'homme en son image : devenu un avec l'objet de son désir, il est un avec lui-même. »

 

« L'homme est libre, désir et imagination sont ses ailes, le ciel est à portée de sa main, il s'appelle fruit, fleur, nuage, femme, acte. »

 

« Vivre en poésie, c'est être poèmes, c'est être images. »

 

« Une communauté créatrice serait cette société universelle où les relations entre hommes, loin de résulter d'une nécessité externe, seraient comme un tissu vivant, fait de l'inclination fatale de chacun à prendre appui sur la liberté de tous. »

 

« La poésie ne dit pas : je suis toi ; elle dit : tu es mon moi. L'image poétique est l'altérité. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'imagination poétique n'est pas invention, mais découverte de la présence. Découvrir l'image du monde dans ce qui émerge comme fragment et dispersion, percevoir dans l'un l'autre, sera rendre au langage sa vertu métaphorique : restituer aux autres la présence. La poésie est recherche des autres, découverte de l'altérité. »

 

« La poésie est recherche d'un maintenant et d'un ici. »

 

« La vraie vie ne s'oppose ni à la vie quotidienne ni à l'existence héroïque ; c'est la perception de l'éclair de l'altérité en chacun de nos actes, sans exclure les plus humbles. »

 

« Expérience faite du tissu de nos actes quotidiens, l'altérité est avant tout perception simultanée du fait que nous sommes autres sans cesser d'être là où nous sommes, notre être véritable est ailleurs. Nous sommes un ailleurs. Ailleurs veut dire : ici, maintenant même, tandis que je fais ceci ou cela. Et aussi : je suis seul et je suis avec toi, en un je ne sais où qui est toujours ici. »

 

« Irréductible, fugace, indéfinissable, imprévisible et constamment présente en nos vies, l'altérité se confond avec la religion, la poésie, l'amour et autres expériences similaires. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'expérience de l'altérité est, ici même, l'autre vie. La poésie ne prétend pas consoler l'homme de la mort, mais lui faire pressentir que vie et mort sont inséparables : qu'elles sont totalité. Récupérer la vie concrète signifie réunir le couple

vie-mort, retrouver l'une dans l'autre, le toi dans le moi, et ainsi découvrir la figure du monde dans la dispersion même de ses fragments. »

 

« L'univers, dans son essence, est appétit de manifestation, désir qui se projette : l'imagination n'a d'autre mission que de donner forme symbolique et sensible à l'énergie. »

 

« En réalité, tout poème est collectif. »

 

« Le poème, qui ne peut être création collective, sera recréé collectivement. En certains moments et lieux, la poésie peut être vécue par tous : l'art de la fête attend sa résurrection. »

 

« Le poème est recherche du toi. »

 

« Si l'homme est transcendance, dépassement de soi, le poème est le signe le plus pur de ce mouvement continuel, de cette incessante projection de soi. L'homme est image parce qu'il se transcende. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« L'homme veut être un avec ses créations, se réconcilier avec lui-même et avec ses semblables : être le monde sans cesser d'être soi. »

 

« Poésie, réconciliation momentanée : hier, aujourd'hui,

demain ; ici et là ; toi, moi, lui, nous tous ensemble. Tout est présent, sera présence. »

 

Extraits de L'arc et la lyre d'Octavio Paz

 

 

« La poésie est amoureuse de l'instant »

 

Extrait de La quête du présent :

Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1990

d'Octavio Paz

Publicité

Publié dans Octavio Paz

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article