Saint-John Perse (2)

Publié le par Nicolas Urvoy

« Et le Vent avec nous comme Maître du chant :

 

« Je hâterai la sève de vos actes. Je mènerai vos

œuvres à maturation.

« Et vous aiguiserai l'acte lui-même comme l'éclair

de quartz ou d'obsidienne.

« Des forces vives, ô complices, courent aux flancs de

vos femmes, comme les affres lumineuses aux flancs des

barques lacées d'or.

« Et le poète est avec vous. Ses pensées parmi vous

comme des tours de guet. Qu'il tienne jusqu'au soir,

qu'il tienne son regard sur la chance de l'homme !

« Je peuplerai pour vous l'abîme de ses yeux. Et les

songes qu'il osa, vous en ferez des actes. Et à la tresse

de son chant vous tresserez le geste qu'il n'achève...

« Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources

du langage !... »

 

Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse

 

 

« ... C'étaient de très grands vents sur la terre des

hommes de très grands vents à l'œuvre parmi nous,

Qui nous chantaient l'horreur de vivre, et nous

chantaient l'honneur de vivre, ah ! nous chantaient et

nous chantaient au plus haut faîte du péril,

Et sur les flûtes sauvages du malheur nous

conduisaient, hommes nouveaux, à nos façons

nouvelles.

 

C'étaient de très grandes forces au travail, sur la

chaussée des hommes de très grandes forces à la

peine

Qui nous tenaient hors de coutume et nous tenaient

hors de saison, parmi les hommes coutumiers, parmi les

hommes saisonniers,

Et sur la pierre sauvage du malheur nous restituaient

la terre vendangée pour de nouvelles épousailles. »

 

Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse

 

 

« Ô vous que rafraîchit l'orage, la force vive et l'idée

neuve rafraîchiront votre couche de vivants, l'odeur

fétide du malheur n'infectera plus le linge de vos

femmes.

Repris aux dieux votre visage, au feu des forges votre

éclat, vous entendrez, et l'An qui passe, l'acclamation

des choses à naître sur les débris d'élytres, de

coquilles. »

 

Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse

 

 

« Des Messagers encore s'en iront aux filles de la terre,

et leur feront encore des filles à vêtir pour le délice du

poète.

Et nos poèmes encore s'en iront sur la route des

hommes, portant semence et fruit dans la lignée des

hommes d'un autre âge

Une race nouvelle parmi les hommes de ma race, une

race nouvelle parmi les filles de ma race, et mon cri de

vivant sur la chaussée des hommes, de proche en

proche, et d'homme en homme,

 

Jusqu'aux rives lointaines où déserte la mort !... »

 

Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse

 

 

« « Grand âge, nous voici. Fraîcheur du soir sur les

hauteurs, souffle du large sur tous les seuils, et nos

fronts mis à nu pour de plus vastes cirques... »

 

« « Fièvres là-haut et lit de braise. Statut d'épouse pour

la nuit à toutes cimes lavées d'or ! » »

 

Extraits du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« « Grand âge, vous mentiez : route de braise et non

de cendres... La face ardente et l'âme haute, à quelle

outrance encore courons-nous là ? Le temps que l'an

mesure n'est point mesure de nos jours. Nous n'avons

point commerce avec le moindre ni le pire. Pour nous la

turbulence divine à son dernier remous...

 

« Grand âge, nous voici sur nos routes sans borne. »

 

Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« « Grand âge, vous régnez, et le silence vous est

nombre. Et le songe est immense où se lave le songe. Et

l'Océan des choses nous assiège. La mort est au hublot,

mais notre route n'est point là. Et nous voici plus haut

que songe sur les coraux de Siècle notre chant. »

 

« « Grand âge, vous croissez ! »

 

« « Grand âge, vous louez. Les femmes se lèvent dans la

plaine et marchent à grands pas au cuivre rouge de

l'existence. »

 

« « ... Grand âge, nous voici et nos pas d'hommes

vers l'issue. C'est assez d'engranger, il est temps

d'éventrer et d'honorer notre aire. »

 

Extraits du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« « Et nos actes s'éloignent dans leurs vergers

d'éclairs...

 

« À d'autres d'édifier, parmi les schistes et les laves.

À d'autres de lever les marbres à la ville.

 

« Pour nous chante déjà plus hautaine aventure.

Route frayée de main nouvelle, et feux portés de cime en

cime... »

 

Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« « fierté de l'âme devant l'âme et fierté d'âme

grandissante dans l'épée grande et bleue. »

 

Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« « Écoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les

arches solitaires, parmi les ruines saintes et

l'émiettement des vieille termitières, le grand pas

souverain de l'âme sans tanière,

 

« Comme aux dalles de bronze où rôderait un fauve.

 

*

 

« Grand âge, nous voici. prenez mesure de cœur

d'homme. »

 

Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse

 

 

« Éclate, ô sève non sevrée ! L'amour fuse de partout,

jusque sous l'os et sous la corne. La terre elle-même

change d'écorce. Vienne le rut, vienne le brame ! et

l'homme encore, tout abîme, se penche sans grief sur la

nuit de son cœur. Écoute, ô cœur fidèle, ce battement

sous terre d'une aile inexorable... Le son s'éveille et

sauve l'essaim sonore de sa ruche ; et le temps mis en

cage nous fait entendre au loin son martèlement

d'épeiche... »

 

Extrait du recueil Chant pour une équinoxe

de Saint-John Perse

 

 

« Ô mouvement vers l'Être et renaissance à l'Être ! »

 

« Nulle oraison sur terre n'égale notre soif ; nulle

affluence en nous n'étanche la source du désir. »

 

« Un chant se lève en nous qui n'a connu sa source et

qui n'aura d'estuaire dans la mort :

 

équinoxe d'une heure entre la Terre et l'homme. »

 

« Les voici mûrissants, ces fruits d'une autre rive.

« Soleil de l'être, couvre-moi ! » parole du

transfuge. »

 

« Soleil de l'être, Prince et Maître ! »

 

Extraits du recueil Chant pour une équinoxe

de Saint-John Perse

 

 

« Femme vous suis-je, et de grand songe, dans tout

l'espace du cœur de l'homme :

demeure ouverte à l'éternel, tente dressée sur votre

seuil, et bon accueil fait à la ronde à toutes promesses

de merveilles.

Les attelages du ciel descendent les collines ; les

chasseurs de bouquetins ont brisé nos clôtures ; et sur

le sable de l'allée j'entends crier les essieux d'or du

dieu qui passe notre grille... Ô mon amour de très

grand songe, que d'offices célébrés sur le pas de nos

portes ! que de pieds nus courant sur nos carrelages

et sur nos tuiles !... »

 

Extrait du recueil Chant pour une équinoxe

de Saint-John Perse

 

 

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Publié dans Saint-John Perse

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