Saint-John Perse (2)
« Et le Vent avec nous comme Maître du chant :
« Je hâterai la sève de vos actes. Je mènerai vos
œuvres à maturation.
« Et vous aiguiserai l'acte lui-même comme l'éclair
de quartz ou d'obsidienne.
« Des forces vives, ô complices, courent aux flancs de
vos femmes, comme les affres lumineuses aux flancs des
barques lacées d'or.
« Et le poète est avec vous. Ses pensées parmi vous
comme des tours de guet. Qu'il tienne jusqu'au soir,
qu'il tienne son regard sur la chance de l'homme !
« Je peuplerai pour vous l'abîme de ses yeux. Et les
songes qu'il osa, vous en ferez des actes. Et à la tresse
de son chant vous tresserez le geste qu'il n'achève...
« Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources
du langage !... »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« ... C'étaient de très grands vents sur la terre des
hommes — de très grands vents à l'œuvre parmi nous,
Qui nous chantaient l'horreur de vivre, et nous
chantaient l'honneur de vivre, ah ! nous chantaient et
nous chantaient au plus haut faîte du péril,
Et sur les flûtes sauvages du malheur nous
conduisaient, hommes nouveaux, à nos façons
nouvelles.
C'étaient de très grandes forces au travail, sur la
chaussée des hommes — de très grandes forces à la
peine
Qui nous tenaient hors de coutume et nous tenaient
hors de saison, parmi les hommes coutumiers, parmi les
hommes saisonniers,
Et sur la pierre sauvage du malheur nous restituaient
la terre vendangée pour de nouvelles épousailles. »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« Ô vous que rafraîchit l'orage, la force vive et l'idée
neuve rafraîchiront votre couche de vivants, l'odeur
fétide du malheur n'infectera plus le linge de vos
femmes.
Repris aux dieux votre visage, au feu des forges votre
éclat, vous entendrez, et l'An qui passe, l'acclamation
des choses à naître sur les débris d'élytres, de
coquilles. »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« Des Messagers encore s'en iront aux filles de la terre,
et leur feront encore des filles à vêtir pour le délice du
poète.
Et nos poèmes encore s'en iront sur la route des
hommes, portant semence et fruit dans la lignée des
hommes d'un autre âge —
Une race nouvelle parmi les hommes de ma race, une
race nouvelle parmi les filles de ma race, et mon cri de
vivant sur la chaussée des hommes, de proche en
proche, et d'homme en homme,
Jusqu'aux rives lointaines où déserte la mort !... »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« « Grand âge, nous voici. Fraîcheur du soir sur les
hauteurs, souffle du large sur tous les seuils, et nos
fronts mis à nu pour de plus vastes cirques... »
« « Fièvres là-haut et lit de braise. Statut d'épouse pour
la nuit à toutes cimes lavées d'or ! » »
Extraits du recueil Chronique de Saint-John Perse
« « Grand âge, vous mentiez : route de braise et non
de cendres... La face ardente et l'âme haute, à quelle
outrance encore courons-nous là ? Le temps que l'an
mesure n'est point mesure de nos jours. Nous n'avons
point commerce avec le moindre ni le pire. Pour nous la
turbulence divine à son dernier remous...
« Grand âge, nous voici sur nos routes sans borne. »
Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse
« « Grand âge, vous régnez, et le silence vous est
nombre. Et le songe est immense où se lave le songe. Et
l'Océan des choses nous assiège. La mort est au hublot,
mais notre route n'est point là. Et nous voici plus haut
que songe sur les coraux de Siècle — notre chant. »
« « Grand âge, vous croissez ! »
« « Grand âge, vous louez. Les femmes se lèvent dans la
plaine et marchent à grands pas au cuivre rouge de
l'existence. »
« « ... Grand âge, nous voici — et nos pas d'hommes
vers l'issue. C'est assez d'engranger, il est temps
d'éventrer et d'honorer notre aire. »
Extraits du recueil Chronique de Saint-John Perse
« « Et nos actes s'éloignent dans leurs vergers
d'éclairs...
« À d'autres d'édifier, parmi les schistes et les laves.
À d'autres de lever les marbres à la ville.
« Pour nous chante déjà plus hautaine aventure.
Route frayée de main nouvelle, et feux portés de cime en
cime... »
Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse
« « — fierté de l'âme devant l'âme et fierté d'âme
grandissante dans l'épée grande et bleue. »
Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse
« « Écoute, ô nuit, dans les préaux déserts et sous les
arches solitaires, parmi les ruines saintes et
l'émiettement des vieille termitières, le grand pas
souverain de l'âme sans tanière,
« Comme aux dalles de bronze où rôderait un fauve.
*
« Grand âge, nous voici. prenez mesure de cœur
d'homme. »
Extrait du recueil Chronique de Saint-John Perse
« Éclate, ô sève non sevrée ! L'amour fuse de partout,
jusque sous l'os et sous la corne. La terre elle-même
change d'écorce. Vienne le rut, vienne le brame ! et
l'homme encore, tout abîme, se penche sans grief sur la
nuit de son cœur. Écoute, ô cœur fidèle, ce battement
sous terre d'une aile inexorable... Le son s'éveille et
sauve l'essaim sonore de sa ruche ; et le temps mis en
cage nous fait entendre au loin son martèlement
d'épeiche... »
Extrait du recueil Chant pour une équinoxe
de Saint-John Perse
« Ô mouvement vers l'Être et renaissance à l'Être ! »
« Nulle oraison sur terre n'égale notre soif ; nulle
affluence en nous n'étanche la source du désir. »
« Un chant se lève en nous qui n'a connu sa source et
qui n'aura d'estuaire dans la mort :
équinoxe d'une heure entre la Terre et l'homme. »
« Les voici mûrissants, ces fruits d'une autre rive.
« Soleil de l'être, couvre-moi ! » — parole du
transfuge. »
« Soleil de l'être, Prince et Maître ! »
Extraits du recueil Chant pour une équinoxe
de Saint-John Perse
« Femme vous suis-je, et de grand songe, dans tout
l'espace du cœur de l'homme :
demeure ouverte à l'éternel, tente dressée sur votre
seuil, et bon accueil fait à la ronde à toutes promesses
de merveilles.
Les attelages du ciel descendent les collines ; les
chasseurs de bouquetins ont brisé nos clôtures ; et sur
le sable de l'allée j'entends crier les essieux d'or du
dieu qui passe notre grille... Ô mon amour de très
grand songe, que d'offices célébrés sur le pas de nos
portes ! que de pieds nus courant sur nos carrelages
et sur nos tuiles !... »
Extrait du recueil Chant pour une équinoxe
de Saint-John Perse