Saint-John Perse (3)

Publié le par Nicolas Urvoy

« La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large

et toute sa grande fraîcheur d'aubaine par le monde. »

 

« « Trouve ton or, Poète, pour l'anneau d'alliance ; et

tes alliages pour les cloches, aux avenues de pilotage.

« C'est brise de mer à toutes portes et mer à bout de

toutes rues, c'est brise et mer dans nos maximes et la

naissance de nos lois. »

« Règle donnée du plus haut luxe : un corps de femme

nombre d'or ! et pour la Ville sans ivoires, ton

nom de femme, Patricienne ! »

 

Extrait de la première partie du recueil Amers :

Des Villes hautes s'éclairaient sur tout leur front de mer...

de Saint-John Perse

 

 

« « Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeur du

désir...

« La condition terrestre est misérable, mais mon avoir

immense sur les mers, et mon profit incalculable aux

tables d'outre-mer. »

 

Extrait de la deuxième partie du recueil Amers :

Du Maître d'astre et de navigation

de Saint-John Perse

 

 

« « Plus que l'Année appelée héliaque en ses mille et

milliers

« De millénaires ouverte, la Mer totale m'environne.

L'abîme infâme m'est délice, et l'immersion, divine.

« Et l'étoile apatride chemine dans les hauteurs du

Siècle vert,

« Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour

vous ce rêve du réel... »

 

« « Secret du monde, va devant ! Et l'heure vienne où la

barre

« Nous soit enfin prise des mains !... J'ai vu glisser

dans l'huile sainte les grandes oboles ruisselantes de

l'horlogerie céleste,

« De grandes paumes avenantes m'ouvrent les voies

du songe insatiable,

« Et je n'ai pas pris peur de mes visions, mais

m'assurant avec aisance dans le saisissement, je tiens

mon œil ouvert à la faveur immense, et dans l'adulation.

 

« Seuil de la connaissance ! avant-seuil de l'éclat !...

Fumées d'un vin qui m'a vu naître et ne fut point ici

foulé. »

 

Extraits de la deuxième partie du recueil Amers :

Du Maître d'astre et de navigation

de Saint-John Perse

 

 

« « Ô Mer nourrice du plus grand art »

 

Extrait de la troisième partie du recueil Amers :

Les Tragédiennes sont venues...

de Saint-John Perse

 

 

« « Dénuement ! dénuement !... Nous implorons qu'en

vue de mer il nous soit fait promesse d'œuvres

nouvelles : d'œuvres vivaces et très belles, qui ne soient

qu'œuvre vive et ne soient qu'œuvre belle de grandes

œuvres séditieuses, de grandes œuvres licencieuses,

ouvertes à toutes prédations de l'homme, et qui recréent

pour nous le goût de vivre l'homme, à son écart, au plus

grand pas de l'homme sur la pierre.

« Très grandes œuvres et telles, sur l'arène, qu'on n'en

sache plus l'espèce ni la race... Ah ! qu'un grand style

encore nous surprenne, en nos années d'usure, qui nous

vienne de mer et de plus loin nous vienne, ah ! qu'un

plus large mètre nous enchaîne à ce plus grand récit des

choses par le monde, derrière toute choses de ce monde,

et qu'un plus large souffle en nous se lève, qui nous soit

comme la mer elle-même et son grand souffle

d'étrangère !

« De plus grand mètre à nos frontières, il n'en est

point qu'on sache. Enseigne-nous, Puissance ! le vers

majeur du plus grand ordre, dis-nous le ton du plus

grand art, Mer exemplaire du plus grand texte ! le mode

majeur enseigne-nous, et la mesure enfin nous soit

donnée qui, sur les granits rouges du drame, nous ouvre

l'heure dont on s'éprenne !... »

 

Extrait de la troisième partie du recueil Amers :

Les Tragédiennes sont venues...

de Saint-John Perse

 

 

« « Bonne course à vos pas, divinités du seuil et de

l'alcôve ! »

 

Extrait de la cinquième partie du recueil Amers :

Langage que fut la Poétesse

de Saint-John Perse

 

 

« « Ô Voyageurs sur les eaux noires en quête de

sanctuaires, allez et grandissez, plutôt que de bâtir. »

 

Extrait de la sixième partie du recueil Amers :

Et cette fille chez les Prêtres

de Saint-John Perse

 

 

« « ... Amour, amour, qui tiens si haut le cri de ma

naissance, qu'il est de mer en marche vers l'Amante ! »

 

« S'ouvre l'Été, qui vit de mer. »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres

plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains

comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu'il te soit

dans la nuit chaude fraîcheur d'amande et saveur

d'aube, et connaissance première du fruit sur la rive

étrangère. »

 

« « ... Au cœur de l'homme, solitude. Étrange l'homme,

sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer

moi-même à ton orient, comme à ton sable d'or mêlé,

que j'aille encore et tarde, sur ta rive, dans le

déroulement très lent de tes anneaux d'argile femme

qui se fait et se défait avec la vague qui l'engendre... »

 

« « Étroits sont les vaisseaux, étroite l'alliance ; et plus

étroite ta mesure, ô corps fidèle de l'Amante... »

 

« Immense l'aube appelée mer, immense l'étendue des

eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets,

toute la houle au loin qui lève et se couronne

d'hyacinthes comme un peuple d'amants !

 

« Il n'est d'usurpation plus haute qu'au vaisseau de

l'amour. »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« « ... Mes dents sont pures sous ta langue. Tu pèse sur

mon cœur et gouvernes mes membres. Maître du lit, ô

mon amour, comme le Maître du navire. Douce la barre

à la pression du Maître, douce la vague en sa

puissance. Et c'est une autre, en moi, qui geint avec le

gréement... Une même vague par le monde, une même

vague jusqu'à nous, au très lointain du monde et de son

âge... Et tant de houle, et de partout, qui monte et fraye

jusqu'en nous... »

 

« « Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi.

J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai

ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et

la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la

grâce d'être aimé. Licence alors aux jeux du corps !

Offrande, offrande, et faveur d'être ! La nuit t'ouvre une

femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit

antérieur où gît toute mémoire. L'amour en fasse son

repaire ! »

 

« Mais la fierté de vivre est dans l'accès, non dans

l'usage ni l'avoir. »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« « Et mon sein gauche est dans ta main, le sceau

d'empire est dérobé !... Ferme ta paume, bonheur

d'être... La main qui règne sur ma hanche régit au loin

la face d'un empire, et la bonté d'aimer s'étend à toutes

ses provinces. La paix des eaux soit avec nous ! et

l'ouverture au loin, entre neiges et sables, d'un grand

royaume littoral qui baigne aux vagues ses bêtes

blanches. »

 

« Il n'est sécurité plus grande qu'au vaisseau de l'amour. »

 

« À toute grâce, bienvenue ! L'aube d'Été est, sur la

mer, le premier pas d'amante nue hors de son linge

foulé bas. De mer issu, et par les femmes, ce corps de

femme né de femme... Et celle qui pour la nuit avait

gardé ses perles nées de mer, s'apparentera encore au

siècle du corail... »

 

« « Bienvenue ! bienvenue ! à tous nos hôtes ô

Consanguins !... Qu'à tous s'étende même palme !... »

 

« « Celle qui s'anime dans le songe contre la montée des

ombres »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« Gloire ni puissance ne se fondent qu'à hauteur du

cœur d'homme. »

 

« « Il n'est d'action plus grande, ni hautaine, qu'au

vaisseau de l'amour. » »

 

« « ... Amies, j'ai tant rêvé de mer sur tous nos lits

d'amants ! »

 

« Pour nous la mer invétérée du songe, dit réel, et ses

grandes voies d'empire portant au loin l'alliance, et ses

grandes lois d'irrévérence portant au loin révélation ;

pour nous, ô face très prodigue, l'immense ruche du

futur, plus riche d'alvéoles que les falaises trouées

d'idoles du Désert. Et notre attente n'est plus vaine, et

l'offrande est de femme !... »

 

« Et nous tournant encore vers la terre rétrograde et

vers son peuple de balustres, nous lui crions, ô terre,

notre peu de foi dans sa coutume et dans son aise ; et

qu'il n'est point pour nous sur mer poudre ni cendre aux

mains de l'usager. »

 

« Amour et mer de même lit, amour et mer au même lit... »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« ... Une même vague par le monde, une même vague

par la Ville... Amants, la mer nous suit ! la mort n'est

point ! Les dieux nous hèlent à l'escale... Et nous tirons

de sous nos lits nos plus grands masques de famille. »

 

Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :

Étroits sont les vaisseaux

de Saint-John Perse

 

 

« ... Vers toi l'Épouse universelle au sein de la

congrégation des eaux, vers toi l'Épouse licencieuse

dans l'abondance de ses sources et le haut flux de sa

maturité, toute la terre elle-même ruisselante descend

les gorges de l'amour »

 

Extrait du Chœur du recueil Amers de Saint-John Perse

 

 

« la poésie est d'abord mode de vie — et de vie intégrale. »

 

Extrait de Poésie :

Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960

de Saint-John Perse

 

 

« Fidèle à son office, qui est l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine intégration de l'homme. Il n'est rien de pythique dans une telle poésie. Rien non plus de purement esthétique. Elle n'est point art d'embaumeur ni de décorateur. Elle n'élève point des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d'emblèmes, et d'aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. Elle s'allie, dans ses voies, la beauté, suprême alliance, mais n'en fait point sa fin ni sa seule pâture. Se refusant à dissocier l'art de la vie, ni de l'amour la connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et novation toujours qui déplace les bornes. L'amour est son foyer, l'insoumission sa loi, et son lieu est partout, dans l'anticipation. Elle ne se veut jamais absence ni refus. »

 

Extrait de Poésie :

Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960

de Saint-John Perse

 

 

« Attachée à son propre destin, et libre de tout idéologie, elle se connaît égale à la vie même, qui n'a d'elle-même à justifier. Et c'est d'une même étreinte, comme une seule grande strophe vivante, qu'elle embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel. L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain. Son expression toujours s'est interdit l'obscur, et cette expression n'est pas moins exigeante que celle de la science.

 

Ainsi, par son adhésion totale à ce qui est, le poète tient pour nous liaison avec la permanence et l'unité de l'Être. Et sa leçon est d'optimisme. Une même loi d'harmonie régit pour lui le monde entier des choses. Rien ne peut y advenir qui par nature excède la mesure de l'homme. »

 

« Il n'est pas vrai que la vie puisse se renier elle-même. Il n'est rien de vivant qui de néant procède, ni de néant s'éprenne. Mais rien non plus ne garde forme ni mesure, sous l'incessant afflux de l'Être. »

 

Extraits de Poésie :

Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960

de Saint-John Perse

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Publié dans Saint-John Perse

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