Saint-John Perse (3)
« La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large
et toute sa grande fraîcheur d'aubaine par le monde. »
« « Trouve ton or, Poète, pour l'anneau d'alliance ; et
tes alliages pour les cloches, aux avenues de pilotage.
« C'est brise de mer à toutes portes et mer à bout de
toutes rues, c'est brise et mer dans nos maximes et la
naissance de nos lois. »
« Règle donnée du plus haut luxe : un corps de femme
— nombre d'or ! — et pour la Ville sans ivoires, ton
nom de femme, Patricienne ! »
Extrait de la première partie du recueil Amers :
Des Villes hautes s'éclairaient sur tout leur front de mer...
de Saint-John Perse
« « Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeur du
désir...
« La condition terrestre est misérable, mais mon avoir
immense sur les mers, et mon profit incalculable aux
tables d'outre-mer. »
Extrait de la deuxième partie du recueil Amers :
Du Maître d'astre et de navigation
de Saint-John Perse
« « Plus que l'Année appelée héliaque en ses mille et
milliers
« De millénaires ouverte, la Mer totale m'environne.
L'abîme infâme m'est délice, et l'immersion, divine.
« Et l'étoile apatride chemine dans les hauteurs du
Siècle vert,
« Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour
vous ce rêve du réel... »
« « Secret du monde, va devant ! Et l'heure vienne où la
barre
« Nous soit enfin prise des mains !... J'ai vu glisser
dans l'huile sainte les grandes oboles ruisselantes de
l'horlogerie céleste,
« De grandes paumes avenantes m'ouvrent les voies
du songe insatiable,
« Et je n'ai pas pris peur de mes visions, mais
m'assurant avec aisance dans le saisissement, je tiens
mon œil ouvert à la faveur immense, et dans l'adulation.
« Seuil de la connaissance ! avant-seuil de l'éclat !...
Fumées d'un vin qui m'a vu naître et ne fut point ici
foulé. »
Extraits de la deuxième partie du recueil Amers :
Du Maître d'astre et de navigation
de Saint-John Perse
« « Ô Mer nourrice du plus grand art »
Extrait de la troisième partie du recueil Amers :
Les Tragédiennes sont venues...
de Saint-John Perse
« « Dénuement ! dénuement !... Nous implorons qu'en
vue de mer il nous soit fait promesse d'œuvres
nouvelles : d'œuvres vivaces et très belles, qui ne soient
qu'œuvre vive et ne soient qu'œuvre belle — de grandes
œuvres séditieuses, de grandes œuvres licencieuses,
ouvertes à toutes prédations de l'homme, et qui recréent
pour nous le goût de vivre l'homme, à son écart, au plus
grand pas de l'homme sur la pierre.
« Très grandes œuvres et telles, sur l'arène, qu'on n'en
sache plus l'espèce ni la race... Ah ! qu'un grand style
encore nous surprenne, en nos années d'usure, qui nous
vienne de mer et de plus loin nous vienne, ah ! qu'un
plus large mètre nous enchaîne à ce plus grand récit des
choses par le monde, derrière toute choses de ce monde,
et qu'un plus large souffle en nous se lève, qui nous soit
comme la mer elle-même et son grand souffle
d'étrangère !
« De plus grand mètre à nos frontières, il n'en est
point qu'on sache. Enseigne-nous, Puissance ! le vers
majeur du plus grand ordre, dis-nous le ton du plus
grand art, Mer exemplaire du plus grand texte ! le mode
majeur enseigne-nous, et la mesure enfin nous soit
donnée qui, sur les granits rouges du drame, nous ouvre
l'heure dont on s'éprenne !... »
Extrait de la troisième partie du recueil Amers :
Les Tragédiennes sont venues...
de Saint-John Perse
« « Bonne course à vos pas, divinités du seuil et de
l'alcôve ! »
Extrait de la cinquième partie du recueil Amers :
Langage que fut la Poétesse
de Saint-John Perse
« « Ô Voyageurs sur les eaux noires en quête de
sanctuaires, allez et grandissez, plutôt que de bâtir. »
Extrait de la sixième partie du recueil Amers :
Et cette fille chez les Prêtres
de Saint-John Perse
« « ... Amour, amour, qui tiens si haut le cri de ma
naissance, qu'il est de mer en marche vers l'Amante ! »
« S'ouvre l'Été, qui vit de mer. »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres
plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains
comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu'il te soit
dans la nuit chaude fraîcheur d'amande et saveur
d'aube, et connaissance première du fruit sur la rive
étrangère. »
« « ... Au cœur de l'homme, solitude. Étrange l'homme,
sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer
moi-même à ton orient, comme à ton sable d'or mêlé,
que j'aille encore et tarde, sur ta rive, dans le
déroulement très lent de tes anneaux d'argile — femme
qui se fait et se défait avec la vague qui l'engendre... »
« « Étroits sont les vaisseaux, étroite l'alliance ; et plus
étroite ta mesure, ô corps fidèle de l'Amante... »
« Immense l'aube appelée mer, immense l'étendue des
eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets,
toute la houle au loin qui lève et se couronne
d'hyacinthes comme un peuple d'amants !
« Il n'est d'usurpation plus haute qu'au vaisseau de
l'amour. »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« « ... Mes dents sont pures sous ta langue. Tu pèse sur
mon cœur et gouvernes mes membres. Maître du lit, ô
mon amour, comme le Maître du navire. Douce la barre
à la pression du Maître, douce la vague en sa
puissance. Et c'est une autre, en moi, qui geint avec le
gréement... Une même vague par le monde, une même
vague jusqu'à nous, au très lointain du monde et de son
âge... Et tant de houle, et de partout, qui monte et fraye
jusqu'en nous... »
« « Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi.
J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai
ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et
la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la
grâce d'être aimé. Licence alors aux jeux du corps !
Offrande, offrande, et faveur d'être ! La nuit t'ouvre une
femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit
antérieur où gît toute mémoire. L'amour en fasse son
repaire ! »
« Mais la fierté de vivre est dans l'accès, non dans
l'usage ni l'avoir. »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« « Et mon sein gauche est dans ta main, le sceau
d'empire est dérobé !... Ferme ta paume, bonheur
d'être... La main qui règne sur ma hanche régit au loin
la face d'un empire, et la bonté d'aimer s'étend à toutes
ses provinces. La paix des eaux soit avec nous ! et
l'ouverture au loin, entre neiges et sables, d'un grand
royaume littoral qui baigne aux vagues ses bêtes
blanches. »
« Il n'est sécurité plus grande qu'au vaisseau de l'amour. »
« À toute grâce, bienvenue ! L'aube d'Été est, sur la
mer, le premier pas d'amante nue hors de son linge
foulé bas. De mer issu, et par les femmes, ce corps de
femme né de femme... Et celle qui pour la nuit avait
gardé ses perles nées de mer, s'apparentera encore au
siècle du corail... »
« « Bienvenue ! bienvenue ! à tous nos hôtes — ô
Consanguins !... Qu'à tous s'étende même palme !... »
« « Celle qui s'anime dans le songe contre la montée des
ombres »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« Gloire ni puissance ne se fondent qu'à hauteur du
cœur d'homme. »
« « Il n'est d'action plus grande, ni hautaine, qu'au
vaisseau de l'amour. » »
« « ... Amies, j'ai tant rêvé de mer sur tous nos lits
d'amants ! »
« Pour nous la mer invétérée du songe, dit réel, et ses
grandes voies d'empire portant au loin l'alliance, et ses
grandes lois d'irrévérence portant au loin révélation ;
pour nous, ô face très prodigue, l'immense ruche du
futur, plus riche d'alvéoles que les falaises trouées
d'idoles du Désert. Et notre attente n'est plus vaine, et
l'offrande est de femme !... »
« Et nous tournant encore vers la terre rétrograde et
vers son peuple de balustres, nous lui crions, ô terre,
notre peu de foi dans sa coutume et dans son aise ; et
qu'il n'est point pour nous sur mer poudre ni cendre aux
mains de l'usager. »
« Amour et mer de même lit, amour et mer au même lit... »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« ... Une même vague par le monde, une même vague
par la Ville... Amants, la mer nous suit ! la mort n'est
point ! Les dieux nous hèlent à l'escale... Et nous tirons
de sous nos lits nos plus grands masques de famille. »
Extraits de la neuvième partie du recueil Amers :
Étroits sont les vaisseaux
de Saint-John Perse
« ... Vers toi l'Épouse universelle au sein de la
congrégation des eaux, vers toi l'Épouse licencieuse
dans l'abondance de ses sources et le haut flux de sa
maturité, toute la terre elle-même ruisselante descend
les gorges de l'amour »
Extrait du Chœur du recueil Amers de Saint-John Perse
« la poésie est d'abord mode de vie — et de vie intégrale. »
Extrait de Poésie :
Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960
de Saint-John Perse
« Fidèle à son office, qui est l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine intégration de l'homme. Il n'est rien de pythique dans une telle poésie. Rien non plus de purement esthétique. Elle n'est point art d'embaumeur ni de décorateur. Elle n'élève point des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d'emblèmes, et d'aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. Elle s'allie, dans ses voies, la beauté, suprême alliance, mais n'en fait point sa fin ni sa seule pâture. Se refusant à dissocier l'art de la vie, ni de l'amour la connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et novation toujours qui déplace les bornes. L'amour est son foyer, l'insoumission sa loi, et son lieu est partout, dans l'anticipation. Elle ne se veut jamais absence ni refus. »
Extrait de Poésie :
Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960
de Saint-John Perse
« Attachée à son propre destin, et libre de tout idéologie, elle se connaît égale à la vie même, qui n'a d'elle-même à justifier. Et c'est d'une même étreinte, comme une seule grande strophe vivante, qu'elle embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel. L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain. Son expression toujours s'est interdit l'obscur, et cette expression n'est pas moins exigeante que celle de la science.
Ainsi, par son adhésion totale à ce qui est, le poète tient pour nous liaison avec la permanence et l'unité de l'Être. Et sa leçon est d'optimisme. Une même loi d'harmonie régit pour lui le monde entier des choses. Rien ne peut y advenir qui par nature excède la mesure de l'homme. »
« Il n'est pas vrai que la vie puisse se renier elle-même. Il n'est rien de vivant qui de néant procède, ni de néant s'éprenne. Mais rien non plus ne garde forme ni mesure, sous l'incessant afflux de l'Être. »
Extraits de Poésie :
Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960
de Saint-John Perse