Saint-John Perse (1)
« il ne faut que servir
comme de vieille corde... Et ce cœur, et ce cœur, là ! qu'il traîne sur les ponts, plus humble et plus sauvage et plus, qu'un vieux faubert,
exténué... »
Extrait du recueil Éloges de Saint-John Perse
« Silencieusement va la sève et débouche aux rives minces de la feuille.
Voici d'un ciel de paille où lancer, ô lancer ! à tour de bras la torche ! »
Extrait du recueil Éloges de Saint-John Perse
« « Haut asile des graisses vers qui cheminent
les désirs
d'un peuple de guerriers muets avaleurs de
salive,
ô Reine ! romps la coque de tes yeux,
annonce
en ton épaule qu'elle vit !
ô Reine, romps la coque de tes yeux, sois-
nous propice, accueille
un fier désir, ô Reine ! comme un jeu sous
l'huile, de nous baigner nus devant Toi,
jeunes hommes ! »
*
— Mais qui saurait par où faire entrée dans Son
cœur ? »
Extrait du recueil La Gloire des Rois de Saint-John Perse
« « J'ai dit, ne comptant point ses titres sur
mes doigts :
Ô Reine sous le rocou ! grand corps couleur
d'écorce, ô corps comme une
table de sacrifices ! et table de ma loi !
Aînée ! ô plus Paisible qu'un dos de fleuve,
nous louons
qu'un crin splendide et fauve orne ton flanc
caché,
dont l'ambassadeur rêve qui se met en
chemin
dans sa plus belle robe ! »
*
— Mais qui saurait par où faire entrée dans Son
cœur ? »
Extrait du recueil La Gloire des Rois de Saint-John Perse
« Depuis un si long temps que nous allions en
Ouest, que savions-nous des choses
périssables ?... Et soudain à nos pieds les
premières fumées.
— Jeunes femmes ! et la nature d'un pays
s'en trouve toute parfumée :
*
« ... Je t'annonce les temps d'une grande
chaleur et les veuves criardes sur la dissipation
des morts.
Ceux qui vieillissent dans l'usage et le soin
du silence, assis sur les hauteurs, considèrent les
sables
et la célérité du jour sur les rades
foraines ;
mais le plaisir au flanc des femmes se
compose, et dans nos corps de femmes il y a
comme un ferment de raisin noir, et de répit avec
nous-mêmes il n'en est point.
« ... Je t'annonce les temps d'une grande
faveur et la félicité des sources dans nos songes. »
Extrait du recueil Anabase de Saint-John Perse
« « Toute chose à naître s'horripile à l'orient
du monde, toute chair naissante exulte aux
premiers feux du jour ! »
Extrait du recueil Exil de Saint-John Perse
« Une langue nouvelle de toutes parts offerte !
une fraîcheur d'haleine par le monde
Comme le souffle même de l'esprit, comme
la chose même proférée,
À même l'être, son essence ; à même la
source, sa naissance :
Ha ! toute l'affusion du dieu salubre sur nos
faces, et telle brise en fleur
Au fil de l'herbe bleuissante, qui devance le
pas des plus lointaines dissidences ! »
Extrait du recueil Exil de Saint-John Perse
« J'avais, j'avais ce goût de vivre chez les
hommes, et voici que la terre exhale son âme
d'étrangère... »
Extrait du recueil Exil de Saint-John Perse
« Se hâter, se hâter ! Parole de vivant ! »
« « Et vous avez si peu de temps pour naître à cet instant ! » »
« « Les revendications de l'âme sur la chair sont extrêmes. Qu'elles nous tiennent en haleine ! Et qu'un mouvement très fort nous porte à nos limites, et au delà de nos limites !
« Enlèvement de clôtures, de bornes... »
« Présages en marche. Vents du Sud. Et grand mépris des chiffres sur la terre ! »
« S'en aller ! s'en aller ! Parole du Prodigue. »
« J'entends croître les os d'un nouvel âge de la terre. »
Extraits du recueil Vents de Saint-John Perse
« « Je t'ignore, litige. Et mon avis est que l'on vive !
« Avec la torche dans le vent, avec la flamme dans le
vent,
« Et que tous hommes, en nous, si bien s'y mêlent et
s'y consument,
« Qu'à telle torche grandissante s'allume en nous plus
de clarté... »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« « Brouille-toi, vision, où s'entêtait l'homme de
raison... »
« « Je te licencierai, logique, où s'estropiaient nos bêtes
à l'entrave. »
« « Aux porches où nous levons la torche rougeoyante,
aux antres où plonge notre vue, comme le bras nu des
femmes, jusqu'à l'aisselle, dans les vaisseaux de grain
d'offrande et de fraîcheur sacrée des jarres,
« C'est une promesse semée d'yeux comme il n'en fut
aux hommes jamais faite,
« Et la maturation, soudain, d'un autre monde au
plein midi de notre nuit...
« Tout l'or en fèves de vos Banques, aux celliers de
l'État, n'achèterait point l'usage d'un tel fonds. »
« « Et toi, prends la conduite de la course, œil
magnifique de nos veilles ! »
« Telle est l'instance extrême où le Poète a témoigné.
En ce point extrême de l'attente, que nul ne songe à
regagner les chambres.
« Enchantement du jour à sa naissance... »
Extraits du recueil Vents de Saint-John Perse
« (Ainsi quand l'Officiant s'avance pour les cérémonies
de l'aube, guidé de marche en marche et assisté de
toutes parts contre le doute — la tête glabre et les
mains nues, et jusqu'à l'ongle, sans défaut — c'est un
très prompt message qu'émet aux premiers feux du jour
la feuille aromatique de son être.)
Et le Poète aussi est avec nous, sur la chaussée des
hommes de son temps.
Allant le train de notre temps, allant le train de ce
grand vent.
Son occupation parmi nous : mise en clair des
messages. Et la réponse en lui donnée par illumination
du cœur.
Non point l'écrit, mais la chose même. Prise en son vif
et dans tout.
Conservation non des copies, mais des originaux. Et
l'écriture du poète suit le procès-verbal.
(Et ne l'ai-je pas dit ? les écritures aussi évolueront.
— Lieu du propos : toutes grèves de ce monde.) »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« « Le cri ! le cri perçant du dieu ! qu'il nous saisisse
en pleine foule, non dans les chambres,
« Et par la foule propagé qu'il soit en nous répercuté
jusqu'aux limites de la perception... »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse
« « Et c'est temps de bâtir sur la terre des hommes. Et
c'est regain nouveau sur la terre des femmes.
« De grande œuvres déjà tressaillent dans vos seigles
et l'empennage de vos blés.
« Ouvrez vos porches à l'An neuf !... Un monde à
naître sous vos pas ! hors de coutume et de saison !...
« La ligne droite court aux rampes où vibre le futur,
la ligne courbe vire aux places qu'enchante la mort des
styles...
« — Se hâter ! Se hâter ! Parole du plus grand
Vent ! »
— Et du talon frappée, cette mesure encore au sol,
cette mesure au sol donnée,
Cette mesure encore, la dernière ! comme au Maître
du chant. »
Extrait du recueil Vents de Saint-John Perse